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Mathurin Kamdem : « le Douala Grand Mall a pu contribuer à nous décomplexer davantage, nous entrepreneurs africains »

80 milliards de FCFA. C’est le montant total du « Douala Grand Mall & Business Park », un gigantesque centre d’affaires, de commerce et de loisirs, dont la première phase (déjà 50 milliards de FCFA d’investissements) vient d’être livrée dans la capitale économique camerounaise. Patriote rêveur et déterminé, le promoteur de ce projet nous en livre les détails, les péripéties, ainsi que son appréciation du climat local des affaires et du rôle de la diaspora dans le développement du Cameroun.

27 Fév 2021    

Investir au Cameroun : Le 17 décembre 2020, le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Nguté, a inauguré, au nom du président de la République, le Douala Grand Mall, présenté comme le plus grand centre commercial et des loisirs en Afrique centrale. Pouvez-vous nous présenter cette infrastructure, dont vous êtes le promoteur ?

Mathurin Kamdem : Le Douala Grand Mall est un grand centre commercial construit sur près de 38 000 m² de surface hors œuvre, pour 18 500 m² de surface commerciale, co-développé avec le fonds d’investissement britannique Actis. Il comprendra un cinéma multiplex de cinq salles, opérées par le groupe Genesis, pour un total de 1000 places, ainsi que 160 enseignes dont un supermarché Carrefour Market, un spa, des restaurants, un centre de loisirs, des zones commerciales et des magasins, dans le cadre de la première phase.

IC : Justement, dans son allocution d’inauguration, le Premier ministre a souhaité que la 2e phase encore en projet démarre au plus vite. En quoi consiste cette phase et à quel horizon comptez-vous l’achever ?

MK : Le projet global est dénommé Douala Grand Mall and Business Park. Après la réalisation du Douala Grand Mall, qui constitue la première phase, une seconde phase dénommée Business Park suivra et sera constituée d’un hôtel 4/5 étoiles, d’un parc de bureaux et des logements. Les études préliminaires d’investissement et même les travaux préparatoires de terrain ont déjà commencé. Nous espérons démarrer de façon effective les premières composantes de cette seconde phase au courant de cette année 2021. Il faut tout de même noter que la situation économique mondiale s’est beaucoup détériorée depuis nos premières études de faisabilité, avec notamment la survenance de la pandémie de Covid-19, qui a occasionné une sérieuse crise dans des secteurs comme ceux de l’hôtellerie.

IC : Comment le Douala Grand Mall impactera-t-il la vie des habitants de Douala, la capitale économique camerounaise ?

MK : Notre programmation a été conçue en « One Stop Shopping », autour des 160 enseignes internationales et locales qui feront indubitablement du Douala Grand Mall, la nouvelle adresse et un pôle d’intérêt majeur dans la ville. Conçu pour rendre agréable le séjour des consommateurs et favoriser la rencontre avec l’offre commerciale, ce site transformera les habitudes de divertissement et de consommation des habitants de Douala.

Les 300 000 visiteurs attendus par mois auront droit à des équipements de confort et de sécurité de premier plan (climatisation, énergie secourue à 100%, escaliers mécaniques, musique d’ambiance, stationnement disponible et gratuit, attractions et jeux divers, etc.), et trouveront sous le même toit un mix commercial complet de shopping, divertissements, bien-être, services, loisirs, et restauration. Nous travaillons à créer un véritable lieu de vie, une mini-ville dans la ville, où vous pourrez aller au cinéma, vous restaurer, rencontrer des amis, vous retrouver en famille, effectuer vos opérations bancaires, rencontrer votre pharmacien ou votre opticien, et dans le même temps, faire vos courses.

À l’achèvement de la deuxième phase, le Business Park, vous pourrez même y travailler (dans les espaces bureaux) et y séjourner (logement & hôtel en prévision). Ainsi, avec le Mall, plus besoin d’aller à un bout de la ville pour regarder un film, aller à l’autre bout pour ses soins de beauté, s’arrêter dans un magasin au passage pour faire ses courses, ou courir dans une banque pour ses transactions bancaires. Désormais, vous retrouverez tout cela au même endroit, dans un cadre agréable. Il s’agira aussi, finalement, d’en faire un centre d’affaires et une plateforme de visibilité et de transactions diverses pour notre production locale. Ce qui permettra de confirmer véritablement la place de hub économique sous régional, que représente la ville de Douala.

IC : au terme de la première phase de ce gigantesque projet, quelle appréciation faites-vous du climat des affaires au Cameroun ?

MK : Le cadre de réalisation des affaires au Cameroun est comparable à celui que vous trouverez dans des économies similaires, avec d’ailleurs un léger avantage, du fait d’un nombre important de secteurs pouvant encore offrir un « first mover advantage ». Cependant, on peut encore malheureusement déplorer une certaine agressivité ambiante ci et là, venant de nombreux acteurs tant privés que publics, dès lors qu’un projet sort des tiroirs et se matérialise.

Dans un contexte de forte compétition internationale pour attirer les IDE (Investissements directs étrangers), nous devons encore améliorer nos comportements individuels sur ce plan. Je voudrais préciser ici que tout acte ou action visant à renforcer l’attractivité du Cameroun comme terre d’opportunités compte et relève du patriotisme économique attendu de tous.

IC : De quelles facilités avez-vous bénéficié de la part des pouvoirs publics, dans le cadre de la réalisation du Douala Grand Mall ?

MK : Le projet a globalement bénéficié, à travers l’Agence de promotion des investissements (API), de la politique gouvernementale d’incitation à l’investissement privé. Plusieurs chefs de départements ministériels, le Premier ministre lui-même, ainsi que la présidence de la République ont régulièrement accordé une attention particulière et fort diligente à nos interpellations, chaque fois que nous avons rencontré des difficultés. Mme Marthe Angéline Mindja de L’API, et Luc Magloire Atangana Mbarga, le ministre du Commerce, ont particulièrement collaboré avec proactivité, lors de l’établissement de notre convention initiale avec le gouvernement.

IC : Les financements bloquent souvent de nombreux projets en Afrique. Mais, vous, vous avez réussi à aguicher le fonds d’investissements britannique Actis dans le cadre du Douala Grand Mall. Comment s’est nouée la relation avec cet investisseur ?

MK : Ma rencontre avec le fonds d’investissement britannique Actis s’est faite à travers de multiples séances de travail avec la Société financière internationale du groupe de la Banque mondiale. Nous avons très vite décidé de constituer une équipe de travail restreinte, pour procéder à toutes les études préliminaires de faisabilité : financières, économiques, architecturales, techniques, environnementales, marketing-mix, études de trafic, etc., ainsi que les due-diligence et établissement des pré-partenariats nécessaires pour arrêter la décision finale d’investissement.

Etant donné qu’il s’agissait du tout premier investissement de ce fonds britannique dans ce secteur en Afrique francophone, cette phase a dû être conduite minutieusement et s’est étalée sur deux ans.

IC : Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous et vos équipes avez fait face lors de la conduite de ce projet ?

MK : Les difficultés ont été essentiellement d’ordre logistique et sanitaire. La mise en œuvre de notre convention de facilitations douanières et fiscales, signée avec l’API, n’a pas été facile, du fait de la complexité des procédures à suivre et qui sont assez incompatibles avec un projet dans le bâtiment, qui plus est, a des délais tendus. C’est la raison pour laquelle nous avons souffert du rallongement des délais de passage des marchandises au Port de Douala. Nous avons même fait face à des coûts supplémentaires de surestaries, qui auraient pu être évités.

Ensuite, la crise sanitaire a elle aussi bousculé nos habitudes et impacté notre planning. Nous avons dû nous adapter aux exigences gouvernementales et internationales de lutte contre la pandémie du Covid-19. La fermeture des frontières et le panel des recommandations en mesures barrières nous ont obligés à adapter notre organisation. Je tiens d’ailleurs à féliciter toutes les équipes du projet, qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes, dans un contexte difficile imposé par le Covid-19, et où nous n’avons enregistré aucun cas de contamination.

IC : Qu’est-ce qui peut pousser un ingénieur comme vous, qui a occupé le poste de Managing Director chez le géant français Bouygues, à abandonner une si belle carrière pour rentrer au Cameroun, pays réputé plutôt difficile ?

MK : en quittant Bouygues Construction, j’étais porté par l’exaltant rêve de développer dans les villes principales de mon pays, des infrastructures significatives, qui leur apporteraient un renouveau au plan social, économique et urbain. J’étais convaincu de pouvoir déployer mes compétences et les expériences engrangées, pour élaborer des projets de grande échelle, en agrégeant les nombreuses ressources nécessaires à leur réalisation.

L’idée précise du Douala Grand Mall and Business Park a germé dans ma tête dès que j’ai remarqué que les développements des centres commerciaux à Douala et Yaoundé restaient timides en quantité, en taille et même en qualité. Pas assez audacieux pour des villes qui sont aujourd’hui les plus grandes métropoles d’Afrique centrale. J’ai alors entrepris de m’investir dans ce secteur et cherché à fédérer autour de moi, progressivement, le panel de partenaires techniques, stratégiques et financiers nécessaires pour conduire un tel projet. Je suis heureux d’observer aujourd’hui que la réalisation de la première phase de ce projet ait pu contribuer à nous décomplexer davantage, nous entrepreneurs africains, et à nous faire croire davantage en nos capacités.

IC : À l’aune de votre expérience, quels conseils pouvez-vous donner aussi bien aux membres de la diaspora qu’aux autorités publiques, pour que ces compatriotes puissent jouer un rôle déterminant dans le développement du Cameroun ?

MK : le Cameroun fait partie des pays qui disposent d’une forte diaspora avec d’énormes qualités, et ce, dans toutes les disciplines et secteurs d’activités. Le chiffre de 4 millions de personnes a souvent été évoqué, ce qui est énorme. Il s’agit d’un atout considérable et essentiel pour l’envol économique du Cameroun. Je n’ai jamais rencontré à l’extérieur, un Camerounais ou Camerounais d’origine, qui n’adore pas purement et simplement le Cameroun. J’ai envie de leur dire, avec beaucoup de sincérité, que le Cameroun, en particulier, et l’Afrique subsaharienne, en général, sont une mine d’opportunités pour eux, tant de nombreux secteurs de notre économie restent encore à consolider, développer, moderniser ou même simplement à créer. Les difficultés « locales », et en particulier celle de leur adaptation, ne sont pas vraiment rédhibitoires. Et puis, de toutes les façons, ils n’ont pas le choix. Car, ils font partie de l’équation du développement national, aux côtés de leurs frères et sœurs restés ici.

Quant aux autorités publiques, je pense qu’elles devraient prendre plus fortement conscience de cet atout important, dont elles disposent à travers cette diaspora active. Elles doivent engager des campagnes de séduction plus volontaires à leur endroit, pour les rallier à notre effort de développement. On arrive bien à le faire pour le football, avec un certain succès.

IC : Après le Douala Grand Mall, quels sont les prochains projets du groupe Craft au Cameroun et ailleurs ?

MK : Nous réfléchissons sur plusieurs sujets. Les projets prennent du temps à prendre corps. En plus, nous traversons une conjoncture économique mondiale pas évidente.

  Source: Investir Au Cameroun

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