LA BARQUE QUI A PLUSIEURS PILOTES : COMMENT LA LUTTE CONTRE LA CRIMINALITÉ TRANSNATIONALE EST ORGANISÉE EN AFRIQUE

Le fonctionnement d’Interpol, la plus grande organisation internationale de police au monde, ne serait pas possible sans la coopération avec les pays africains. Depuis quelque temps, le continent dispose également de sa propre organisation de police criminelle — Afripol. Cependant, les relations des pays membres d’Afripol entre eux, ainsi que son interaction avec les partenaires internationaux, posent des questions.

INTERACTION INTERPOL-AFRIPOL

Interpol, ou Organisation internationale de police criminelle, regroupe 196 pays du monde, dont 54 sont des états africains. Interpol est avant tout une agence de coordination et une base d’informations. En 2011, il a signé un protocole d’accord avec l’Union africaine afin de partager les ressources, l’expérience et de prendre des mesures conjointes pour répondre aux besoins de l’Afrique en matière de maintien de l’ordre. En mai 2016, le bureau du Représentant spécial d’Interpol auprès de l’Union africaine qui assure la communication entre le Secrétariat général d’Interpol et la Commission de l’Union africaine, a été ouvert.

Siège d’Afripol

En 2017, l’Union africaine a mis en place son propre mécanisme de coopération policière, Afripol. Il a pour mandat de renforcer la coopération internationale entre les autorités policières des États membres de l’Union dans la lutte contre la criminalité transnationale, le terrorisme et la cybermalveillance.

En 2019, l’Union africaine et Interpol ont conclu un accord de coopération qui définit leur complémentarité et favorise la synergie pour éviter la duplication des efforts entre les pays membres communs. En 2020, Interpol a élaboré le Programme de soutien de l’Union africaine en coordination avec Afripol (ISPA). En 2023 le programme a été prolongé jusqu’à la fin de 2026.

Le site web d’Interpol indique que l’ISPA contribue à renforcer la position d’Afripol en tant qu’organisation africaine de premier plan dans la lutte contre la criminalité transnationale et économique, le terrorisme et la cybermalveillance. Cela se traduit par la fourniture à Afripol de conseils stratégiques, opérationnels et juridiques, d’une assistance technique, d’un accès au système mondial de communication policière d’Interpol, d’équipements et de programmes de formation.

AUTRES PARTENAIRES D’AFRIPOL

Afripol est – au moins dans les déclarations officielles – activement engagé avec une entité telle que ACSRT/CAERT, le Centre africain pour l’étude du terrorisme basé en Algérie. Elle coopère également avec le Comité des Services de Renseignement et de Sécurité (CISSA), dont le siège se trouve à Addis-Abeba en Ethiopie.

Afripol proclame la coopération avec l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL), l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (FRONTEX), Europol, l’Organisation de police du Conseil de coopération du Golfe (GCCPOL), l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Lutte contre la criminalité avec des forces unies

En d’autres termes, l’ampleur du partenariat est considérable. Toutefois, l’histoire des services spéciaux et de police nous rappelle que les fonctionnaires, même au sein d’un pays, ne se précipitent pas de fournir des informations aux organisations apparentées, malgré les instructions venues des dirigeants et l’existence de certains organes unifiants.

CONTRADICTIONS SYSTÉMIQUES DE L’ORGANISATION

Il semble qu’avec un soutien fort Afripol devrait être une organisation très efficace. Cependant, son concept même crée certaines difficultés.

Tout d’abord, le fonctionnement d’Afripol repose sur les mécanismes de l’Union africaine. Comme toutes les autorités panafricaines, Afripol reflète les profondes contradictions entre les pays du continent. Par exemple, les coups d’État ont entraîné la suspension du Gabon et du Niger (2023), du Burkina Faso (2022), de la Guinée et du Soudan (2021), et du Mali (2020) à l’Union africaine. Le site web d’Afripol ne confirme pas le retrait des pays de l’organisation, mais la validité de l’interaction policière est mise en doute. Cependant, il est certain que les nouvelles autorités de ces états sont intéressées par la lutte contre les crimes sur leur territoire. D’ailleurs, sans les pays cités la coopération en matière de lutte contre la criminalité devient une fausseté.

Ensuite, de telles structures comme Afripol soulignent qu’elles ne font pas de politique, tout en déclarant qu’elles luttent contre le terrorisme. Le terrorisme est un phénomène politique en soi ; c’est un outil qui permet à certains acteurs politiques d’influencer d’autres. Les organisations terroristes n’hésitent pas à recourir à des stratagèmes criminels pour compléter leur budget, y compris en parrainant les dirigeants régionaux de certains pays. Cependant, dans la plupart des cas, les terroristes n’agissent pas seuls. Différents services spéciaux travaillent activement dans ce domaine. En règle générale, lorsqu’il y a concurrence avec des services de renseignement ou d’autres organisations spéciales, même en provenance d’un pays étranger, la police criminelle recule.

La lutte contre le terrorisme nécessite des méthodes spécifiques

D’autre part, les relations entre les pays africains apportent également des correctifs dans les activités d’une organisation « apolitique ». Ainsi, des représentants de la police de la République arabe saharienne démocratique (RASD), un état partiellement reconnu, ont participé à la quatrième réunion annuelle des directeurs des bureaux de liaison d’Afripol en décembre 2023. Des documents relatifs à l’utilisation du système de communication secrète d’interopérabilité de la police africaine (AFSECOM) auraient été discutés. Cependant, il n’est pas clair comment ça peut être associé avec la présence à Afripol et très probablement la participation à la réunion de représentants de l’antagoniste connu de la RASD qui est Maroc.

DES QUESTIONS SE POSENT ÉGALEMENT SUR LA COOPÉRATION AVEC INTERPOL

La coopération entre les deux « agrégateurs » de la police criminelle, pour utiliser les termes d’Internet, est très douteuse.

Prenons l’exemple du programme STOP, hautement médiatisé par Interpol. Ce programme a pour objectifs la lutte contre la drogue et la formation du personnel au niveau national. Les résultats des travaux menés dans les aéroports de Zambie, du Zimbabwe et du Rwanda sont publiés. En revanche, la participation à ce programme n’est pas mentionnée dans les supports médiatiques couvrant les activités d’Afripol.

La première expérience d’interaction entre les deux organisations lors de l’opération Flash Pact en 2022 est considérée comme une réussite particulière. Cette opération a utilisé les bases de données criminelles d’Interpol sur les personnes recherchées. La mention de billets de voyage et de véhicules volés soulève quelques doutes quant à l’ampleur de l’opération. Grâce à cette action coordonnée,  » toute  » une ennéade de personnes a fait l’objet d’une  » notice rouge  » d’Interpol, c’est-à-dire d’une demande adressée aux services répressifs du monde entier pour qu’ils les localisent et les arrêtent temporairement. Vingt autres personnes ont fait l’objet d’un avis de recherche. Plusieurs d’entre elles font l’objet d’une  » notice bleue  » qui prévoit la surveillance. Cependant, le message d’Interpol est émaillé de déclarations émouvantes sur la montée du terrorisme en Afrique de l’Ouest et de l’Est, sur son « l’impact destructif », sur une démonstration conctrète de l’engagement en faveur du partenariat avec Afripol et sur le fait qu’un homme a été arrêté au Mozambique avec un fusil AKM et deux chargeurs.

Forces d’action rapide policières

Compte tenu de la situation générale de la criminalité en Afrique, ce « bruit » médiatique donne la forte conviction que la lutte réelle plutôt que théorique contre la criminalité, le crime organisé et surtout le terrorisme des associations de police criminelle est encore loin d’être gagnée.