Iouri Ouchakov, conseiller du président russe: les Brics représentent effectivement les intérêts de la majorité mondiale

En 2024, la Russie a pris la présidence tournante des Brics. Iouri Ouchakov, conseiller du président russe pour les affaires étrangères, a donné une interview à l’agence TASS pour exposer les priorités de Moscou, définir les perspectives du développement et de l’élargissement du groupe ainsi que mettre en évidence les tentatives occidentales de lui nuire.

L’évolution du partenariat économique ainsi que la coopération dans des domaines tels que les sciences, les innovations, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, la culture et le sport sont autant de priorités de la présidence russe énumérées par Vladimir Poutine. Comment peut-on les mettre en ordre? À votre avis, la principale valeur des Brics réside-t-elle dans le secteur politique, économique ou socioculturel? Avant tout, il est à noter que la coopération au format des Brics constitue, sans aucun doute, l’un des vecteurs clés de la politique étrangère de la Russie à long terme. Dans cette optique, l’interaction avec les membres de ce groupe correspond aux intérêts nationaux intrinsèques de notre pays et s’inscrit d’une manière harmonieuse dans notre cap consécutif sur la formation
d’un univers équitable multipolaire et des opportunités égales pour tous les États.

D’après la déclaration du chef de l’État publiée le 1er janvier, à l’occasion du début de la présidence russe des Brics, en 2024, nous envisageons de nous concentrer sur la promotion de tout un ensemble du partenariat au sein du groupe, qui comprend toutefois trois axes, dont la politique et la sécurité, l’économie et les finances, aussi bien que la culture et les liens sociaux. Ces trois axes revêtent un caractère primordial et équivalent, ce sont donc eux qui sont définis en tant que priorités de la présidence russe, dont la devise est Renforcer le multilatéralisme pour le
développement global juste et la sécurité. Je souligne que c’est avec un grand enthousiasme et un extrême zèle que Moscou accomplit ses engagements de président des Brics. Une conception complexe en la matière a été adoptée, et un comité d’organisation interministériel visant à préparer et assurer la présidence russe en 2024 a été formé par décret présidentiel en vue de la mettre en œuvre. Cette structure, que j’ai encadrée, est chargée notamment de la coordination de la participation des organes fédéraux et régionaux, ainsi que des milieux d’affaires et parlementaires, dans les mécanismes des Brics. En bref, tous les enjeux relatifs à la présidence de la Russie, y compris les réunions de différents niveaux et le sommet du groupe, sont de son ressort. Le comité tient des réunions régulièrement, des groupes de travail qui coordonnent les affaires étrangères, les aspects techniques et les questions financières ont été créés sous son égide. Toutes les structures impliquées (départements, ministères, sociétés) présentent des rapports sur leur fonctionnement au comité.

En décembre 2023, le comité a approuvé une feuille de route qui inclut quelque 250 événements prévus dans plus d’une dizaine de villes russes. Cependant, de nouvelles demandes à lancer des événements supplémentaires en lien avec les importants axes de la coopération au sein des Brics ne cessent d’émerger. Les informations d’actualité sur tout ce qui est planifié et se réalise sont mises à jour sur le site spécial — brics-russia2024.ru (disponible en russe et en anglais).

Bien évidemment, l’événement majeur de la présidence de la Russie sera le sommet des Brics à Kazan les 22, 23 et 24 octobre, d’autant plus que ce sera le premier sommet du groupe après son élargissement. Pour rappel, en août dernier, à Johannesburg, les dirigeants des pays des Brics ont pris la décision d’inviter de nouveaux membres, et depuis le 1er janvier, le groupe comprend dix pays. Le nombre des participants a doublé, ce qui, sans doute, ouvre de nouveaux horizons devant l’union en ce qui concerne la croissance de son rôle et de son influence sur l’échiquier
mondial. Dans ce contexte, la Russie, qui est le membre président effectif, est surtout responsable de l’assurance de l’intégration la plus vite et harmonieuse possible des novices dans tous les mécanismes des Brics. De toute évidence, c’est une tâche indispensable transversale de notre présidence.

Pourquoi la ville de Kazan a-t-elle été choisie pour héberger le sommet des Brics en 2024?

Kazan a été choisie pour cause. La ville dispose de tout le nécessaire pour faire face d’une manière digne à un défi tel qu’un sommet de dirigeants mondiaux. On y retrouve des réseaux de transport bien aménagés, de l’infrastructure touristique et de l’ambiance urbaine moderne en général. Les autorités de la république du Tatarstan ont assez d’expérience, car depuis plusieurs années divers forums internationaux s’y déroulent sans accroc.

Les membres de notre comité visitent souvent Kazan afin de contrôler en temps réel tous les préparatifs du sommet et de l’accueil des nombreuses délégations des pays des Brics. On est en contact étroit avec les autorités tatares, avec toutes les parties impliquées qui accomplissent les missions auxquelles la ville est confrontée en prévision d’un événement d’une telle ampleur. Par ailleurs, le comité inspecte si une cinquantaine d’hôtels de Kazan aussi bien que d’autres locaux là-bas sont prêts à héberger les chefs d’État et de gouvernement étrangers et leurs entourages. Les logements doivent répondre aux plus hauts standards de confort et de sécurité. Les collectivités locales sont en train de moderniser l’infrastructure et de rééquiper les zones urbaines pour les hôtes, tout en attachant une importance particulière aux sites qui sont censés devenir des plateformes du programme du sommet.

Les entretiens des dirigeants et d’autres réunions qui y sont associées auront lieu dans le centre d’expositions international Kazan Expo. Ce complexe unique est l’un des plus grands et modernes en Russie, en termes d’équipements techniques. Construit exprès pour les événements de taille, il est en mesure d’accueillir des dizaines de milliers d’invités. C’est ici que récemment, en présence du président de la Russie et de certains de ses homologues étrangers, s’est tenue la cérémonie d’ouverture des Jeux du futur. Le bâtiment est situé à cinq minutes de l’aéroport et à vingt minutes du centre-ville en voiture. Pendant le sommet, les hôtes du Kazan Expo pourront
également utiliser des bus-navettes gratuits.

Quant au programme de la présidence russe des Brics, je tiens à rappeler que nombre d’événements ont déjà eu lieu à ce jour, parmi eux une rencontre des ministres des Finances et des directeurs des banques centrales des pays membres, une réunion des hauts responsables dans le domaine énergétique, des consultations des experts sur la cybersécurité et la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, un conférence de bénévolat de la jeunesse, ainsi qu’une session d’un groupe de travail sur la médecine nucléaire. Bien sûr, les sherpas et leurs adjoints ont des contacts réguliers visant à remplir l’agenda de l’interaction des Brics d’une manière substantielle. Leur dernière réunion s’est déroulée à Moscou fin janvier – début février. Ainsi, le calendrier officiel des événements des Brics en 2024 est très intense et dense, alors que l’éventail de sujets à aborder s’avère ambitieux et tous azimuts.

Est-ce que les Brics vont demeurer un club des grandes puissances ou de petits pays peuvent aussi compter sur l’adhésion?

Je voudrais commencer par une brève rétrospective là-dessus. L’abréviation Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine) a été inventée en 2001 par un analyste occidental [Jim O’Neill de la société Goldman Sachs] qui étudiait le potentiel économique des pays en voie de développement. Il s’est rendu compte que ces quatre États allaient déterminer l’économie et la politique mondiales au XXIe siècle. De cette façon, il a inconsciemment anticipé la création du groupe. Or, cinq ans plus tard, en 2006, en marge de la 61e session de l’Assemblée générale de l’ONU à New York,
les chefs de diplomatie russe, brésilien et chinois ainsi que le ministre indien de la Défense ont tenu une réunion spéciale qui a donné lieu à leur coopération au format quadripartite.

Le premier sommet de ces quatre États a eu lieu en 2009 à Iekaterinbourg. La déclaration commune finale a reflété la volonté des participants d’intensifier un dialogue cohérent, actif, pragmatique, ouvert et transparents, non seulement au bénéfice des pays en développement et des pays aux marchés émergents, mais également en vue de construire un ordre mondial harmonieux, qui garantisse une paix durable et la prospérité de tout le monde. En choisissant un
nom pour la nouvelle union, les participants ont compris que le terme académique, Bric, convenait parfaitement, la partie russe et ses partenaires brésiliens, indiens et chinois sont convenus donc de l’utiliser désormais.

En 2011, l’Afrique du Sud y a adhéré, d’où résulte l’ajout d’une lettre de plus à l’abréviation, puisqu’en anglais, le pays s’appelle South Africa. Dorénavant, l’union était baptisée Brics. En une période assez courte, le groupe des Brics a connu un essor et s’est transformé en un mécanisme multicouche qui aborde un large éventail d’enjeux de l’agenda mondial. On peut y mentionner à titre d’exemple le sommet de 2015 à Oufa, lorsque les premières institutions
financières de l’union, la Nouvelle banque de développement et la Réserve de change éventuelle, ont été inaugurées, leur volume total des ressources financières s’élevant à 200 milliards de dollars. Alors, l’impact croissant de nos pays sur l’économie mondiale s’est fait voir avec éclat. D’ailleurs, en termes de parité de pouvoir d’achat, les Brics ont déjà dépassé le Groupe des sept (G7). Aujourd’hui, les Brics représentent 35,6% du PIB mondial, tandis que le G7 en représente 30,3%. Il est évalué que, d’ici 2028, la situation continuera de changer en faveur des Brics (36,6% contre 27,8%). Ce n’est pas par hasard que notre chef d’État, intervenant récemment devant l’Assemblée fédérale (parlement) y a fait attention. Le poids collectif des États membres de l’union dans l’économie mondiale se chiffre à 58.900 milliards de dollars. Les Brics occupent plus d’un tiers de la superficie terrestre (36%) peuplé par 45% de la population mondiale (3,6 milliards de personnes), produisent plus de 40% du pétrole et environ un quart des exportations mondiales de marchandises.
Il n’y a rien d’étonnant qu’une telle emprise accompagnée d’un rôle constructif sérieux des Brics dans l’économie et la politique mondiale attirent l'attention d'autres États qui ont commencé à manifester le désir de se joindre au groupe sous une forme ou une autre. Nombreux sont ceux qui perçoivent les Brics comme un prototype de multipolarité, une structure qui unit le Sud et l’Est sur les principes d’égalité, de souveraineté et de respect mutuel. À la veille du 15e sommet, qui s’est tenu l’année dernière à Johannesburg, les Brics ont reçu une vingtaine de demandes d’adhésion. Le sommet a donné lieu à la décision politique de principe d’élargir le groupe. Un travail méticuleux a permis de définir le cercle d’États à inviter en premier lieu. Par conséquent,

il a été convenu d’accepter six pays en tant que nouveaux membres à partir du 1er janvier, ce sont l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Éthiopie et l’Argentine. Dans le même temps, il a été décidé de garder le même nom, Brics, après l’élargissement, étant donné qu’il était devenu bien connu dans le monde. Cela permet de mettre en exergue le rôle clé des États-fondateurs et de faire ressortir la continuité du travail de l’union.

Quant peut-on s’attendre à la prochaine étape d’élargissement des Brics?

Compte tenu de l’élargissement qui vient d’avoir lieu, la Russie, dans le cadre de sa présidence cette année, a pour mission d’assurer l’intégration de tous les nouveaux membres tout en gardant et amplifiant les acquisitions accumulées pendant des décennies, en maintenant et développant l’efficacité de la coopération. À ces fins, nous envisageons d’engager les novices dans l’architecture des mécanismes de partenariat et dans la culture des Brics qui a une histoire d’une quinzaine d’années. Les organes fédéraux de l’exécutif, en coordination étroite avec le ministère
des Affaires étrangères, sont chargés d’impliquer activement les cinq pays nouvellement intégrés dans les processus de fonctionnement du groupe en les initiant à la pratique de la collaboration au sein de l’union.

Nonobstant, le nombre de ceux qui désirent établir telle ou telle interaction avec notre formation ne cesse d’augmenter. S’il y en avait une vingtaine à la veille du sommet à Johannesburg, comme je l’ai déjà mentionné, on en a également d’autres aujourd’hui. Actuellement, il est précoce de parler d’une nouvelle vague d’élargissement. Pour autant, tous les pays membres sont d’accord qu’il importe de saluer et favoriser l’intérêt d’autres pays pour les Brics. Les principes à la base de notre union sont proches de beaucoup d’États, on dirait de la majorité mondiale.

Une autre décision importante adoptée à Johannesburg concerne le format de l’interaction avec les pays qui ne font pas partie des Brics. L’idée consiste à élaborer un tout nouveau modèle pour la catégorie des pays partenaires du groupe qui pourront participer à des projets concrets en matière politique et économique.

Est-ce que les portes restent ouvertes pour l’Argentine, qui, sous sa nouvelle présidence, a renoncé à l’intégration dans le groupe des Brics?

En ce qui concerne l’Argentine, on n’ignore pas qu’à la fin de l’année dernière elle a connu une élection présidentielle, et la nouvelle administration a constaté qu’elle n’envisageait pas de faire entrer son pays dans les Brics à l’heure actuelle. Les dirigeants des cinq États membres ont reçu les lettres officielles en ce sens. C’est le choix des autorités argentines, certes, il faut le respecter, mais cette puissance, selon son poids politique et économique, mérite toujours de participer à notre formation.

Y a-t-il des critères concrets d’adhésion aux Brics?

La Russie s’est penchée sur les critères de sélection et les candidats des pays partenaires dans le cadre de sa présidence tournante. Ces critères aussi bien que la liste d’éventuels partenaires doivent être concordés par les membres du groupe, ils seront soumis à l’examen lors du sommet à Kazan.

Il est tout à fait logique qu’à l’avenir, à mesure que les pays partenaires acquièrent de l’expérience en matière d’interaction dans le cadre des divers mécanismes des Brics, leurs demandes d’adhésion à part entière soient étudiées. Relativement à chaque candidat, son poids politique et économique, ainsi que sa place non seulement dans sa région, mais aussi sur la scène

internationale, seront pris en compte. De plus, parmi les conditions indispensables figurent le soutien aux principes de multipolarité et au rôle accru des pays en développement dans la gouvernance mondiale, ainsi qu’aux valeurs fondamentales des Brics, dont l’esprit d’égalité, de respect mutuel, d’ouverture, d’inclusion et de coopération constructive. En outre, le format de l’interaction avec les alliés et les amis, Outreach/Brics+, qui a déjà fait ses
preuves, continuera d’exister. C’est un format ad hoc: les dirigeants qui souhaitent faire un apport constructif sans les discussions des questions d’actualité de l’ordre de jour international et régional reçoivent une invitation au sommet du groupe. Par exemple, l’année dernière, à Johannesburg, beaucoup de pays du continent africain ont été invités par l’Afrique du Sud. Cette année, à Kazan, une réunion au format Outreach/Brics+ est également prévue par la Russie à
Kazan, les dirigeants et les chefs de l’exécutif des États membres de l’Union économique eurasienne, de la Communauté des États indépendants, de l’Organisation de coopération de Shanghai et d’autres structures régionales peuvent y être appelés.

Qu’est-ce que vous pensez de l’attitude des pays occidentaux à l’égard des Brics?
Constatez-vous un intérêt de se joindre au travail de l’union de leur part?

Tout est clair en ce sens: ils ne sont point ravis que l’influence et l’autorité des Brics augmentent. Franchement dit, ils sont évidemment jaloux face à l’élargissement du groupe et au fait que les pays de la  majorité mondiale souhaitent s’unir plus étroitement pour coopérer sur la plateforme des Brics. Nous voyons pas mal de témoignages des tentatives occidentales de saboter et d’affaiblir notre activité.

En résumé, les Brics, tout comme le processus même de la formation d’un nouvel ordre mondial, ont des détracteurs intransigeants qui cherchent à freiner et endiguer l’émergence de centres indépendants de développement et d’influence à travers le monde. Néanmoins, les Brics eux- mêmes ne font concurrence à personne, ne s’opposent à personne, ce n’est pas une entité antioccidentale, et notre président a insisté là-dessus à plusieurs reprises.
L’un des axes les plus importants de l’activité des Brics est la coopération dans le domaine économique et financier. Comme on le sait, la Nouvelle banque de développement a été fondée suite à l’union des membres, et la Réserve de change éventuelle permet, le cas échéant, de répondre de manière adéquate aux crises économiques mondiales.
L’éventualité d’introduire une devise unique des Brics est activement débattue par les experts. Dans le même temps, Vladimir Poutine a souligné maintes fois l’importance de la coopération sur le plan humanitaire, dans les domaines de la culture et du sport.

Pourriez-vous détailler quelles idées et propositions la présidence russe a préparées pour les partenaires des Brics sur ces sujets?

Sur le plan économique, la présidence russe se concentre sur les questions liées au renforcement du partenariat stratégique des États participants dans les domaines du commerce, de l’investissement, de l’innovation, de la technologie et du social. L’objectif commun est de créer les conditions d’une croissance économique sûre dans tous les pays des Brics. Pour y parvenir, il est nécessaire d’intensifier la coopération multiforme entre les milieux d’affaires de nos pays et d’élargir les contacts de ce type, notamment par l’intermédiaire des petites et moyennes entreprises. Nous rechercherons les moyens optimaux d’accroître le commerce et les investissements mutuels et aborderons les questions visant à garantir la stabilité financière. Nous explorerons les possibilités d’une coopération continue dans un contexte de risques liés à la multiplication des sanctions unilatérales et des mesures protectionnistes.

Nous considérons l’augmentation du rôle des pays Brics dans le système monétaire et financier international comme une des tâches pour l’année en cours. Dans la déclaration de Johannesburg de 2023, les dirigeants ont signalé que nos pays étaient disposés à intensifier les règlements en monnaies nationales et à renforcer des réseaux de correspondants bancaires pour assurer les transactions internationales. On poursuit les travaux pour améliorer le mécanisme de la Réserve de change éventuelle, principalement en termes d’utilisation de devises alternatives au dollar américain. Nous pensons qu’un objectif important pour l’avenir est la création, sous l’égide des Brics, d’un système de paiement indépendant basé sur les technologies les plus modernes, telles que les monnaies numériques et la blockchain. Il importe surtout que cela soit confortable pour les États, les populations et les entreprises, sans nécessiter de grandes dépenses ni être politisé. Avec nos partenaires, nous travaillons sur des initiatives liées à la sécurité et la durabilité des chaînes de transport mondiales, l’augmentation de l’efficacité des transports et la réduction des coûts logistiques. En particulier, il s’agit du développement accéléré du corridor transcontinental
Nord-Sud. Cette artère principale reliera les ports russes des mers du Nord et de la Baltique aux terminaux maritimes des côtes du golfe Persique et de l'océan Indien pour assurer dans le futur le transit annuel de jusqu’à 30 millions de tonnes de marchandises. En outre, la Russie a proposé de créer une commission permanente des transports dans le cadre des Brics, qui s’occuperait non seulement du projet Nord-Sud, mais aussi, plus largement, du développement des corridors de logistique et de transport interrégionaux et mondiaux.

Dans le domaine de la science et de l’innovation, premièrement, des mesures seront prises pour mettre en œuvre l’accord de coopération sur la constellation de satellites de télédétection des Brics.

Qui plus est, on travaille pour promouvoir le Code d’éthique dans le domaine de l’intelligence artificielle élaboré par la partie russe. Nous avons l’intention d’encourager par tous les moyens possibles la coopération des parcs scientifiques et des incubateurs d’entreprises de nos États dans le cadre de l’initiative du réseau d’innovation iBrics.

Enfin, nous souhaitons élargir les liens entre les centres universitaires et scientifiques, les établissements de recherche et d’enseignement supérieur des pays membres, notamment à travers le réseau universitaire des Brics. Les participants à l’union font des démarches afin de rendre possible la reconnaissance réciproque des qualifications académiques et de perfectionner les systèmes de classement des universités. Nous envisageons de collaborer avec nos partenaires des Brics pour approfondir la coopération en matière d’économie numérique, d’innovations, de technologies de l’information et de la communication. Cette vaste rangée de tâches comprend le développement du commerce électronique, l’implémentation de l’intelligence artificielle, le traitement de gros volumes de
données et l’internet des objets, ainsi que le soutien aux start-up technologiques. À l’initiative de la Russie, le dialogue entre les autorités fiscales, douanières et antimonopoles s’intensifie, aussi bien que l’interaction sur la plateforme de recherche énergétique des Brics. Nous espérons que les membres de l’union appuieront également notre idée de créer un groupe de contact sur le climat et le développement durable. Pour ce qui est de la santé publique, nous contribuons à l’initiative russe visant à lancer un système global d’;alerte précoce contre le risque de maladies infectieuses généralisées. Outre cela, nous suggérons de créer l’Association médicale et le Bulletin médical des Brics et de renforcer la coordination dans notre groupe de travail consacré à la médecine nucléaire. La résistance aux antimicrobiens, le développement de la médecine sociale et le soutien aux personnes handicapées sont sur le tapis. Force est de constater que la présidence russe se pose comme objectif d’approfondir les contacts sociaux et culturels, dans les secteurs du sport et du tourisme. Le programme annuel prévoit des festivals culturels et cinématographiques, des forums académique et civique, un forum et un camp de jeunesse ainsi qu’un forum des jeunes diplomates. Un forum municipal international des pays Brics+ et le traditionnel Forum des villes et municipalités jumelles seront également préparés cette année.

Les Jeux des Brics auront lieu en juin, des athlètes de plus de 60 pays y prendront part, et leur programme comprend 29 sports. Ces Jeux auront lieu un mois avant le début des Jeux olympiques de Paris. Est-ce que la Russie a pour but de les organiser comme une alternative aux Jeux olympiques et de montrer l’exemple d’un sport non politisé? Ou s’agit-il plutôt d’une compétition amicale detype festival?

L’initiative d’organiser des jeux sportifs des Brics n’est pas une réponse aux restrictions illégales et discriminatoires dans le domaine du sport imposées par l’Occident, mais un autre format d’interaction multiforme entre les États membres dans divers domaines, en l’occurrence dans le domaine des sports. Ce n’est pas un événement à part, mais déjà une tradition du programme de chaque pays président depuis 2016. Par exemple, en 2023, les Jeux des Brics ont été organisés par l’Afrique du Sud à Durban. Cette année, de tels concours sont organisés par la Russie, avec
la garantie à tous les États intéressés d’un accès égal à une pleine participation. À propos, les équipes des pays du groupe étaient largement représentées aux Jeux du futur innovants qui ont récemment pris fin à Kazan.

La politique et la sécurité constituent un des axes majeurs de la coopération au sein des Brics. Est-ce que les pays membres des Brics pourront dans l’avenir s’échanger des responsabilités dans le domaine sécuritaire, à l’exemple de l’OTSC? La Russie le souhaite- t-elle? Évoque-t-on la possibilité de mener des exercices militaires sous la houlette des Brics?

Dans le cadre de la présidence russe du groupe des Brics, nous avons prévu un agenda élargi de la coopération dans le domaine de la politique et de la sécurité. Notre groupe ne mène pas et n’a jamais mené de coopération militaire. Je suppose que je ne vais pas vous révéler un secret: les Brics n’ont pas le projet de construire ce genre de coopération ni de mener des exercices militaires.

Maintenant, quelques mots sur nos objectifs pour l’année en cours. Nous allons continuer de mener des consultations régulières entre les ministres des Affaires étrangères et les responsables qui s’occupent des questions de sécurité. Nous allons également contribuer au renforcement des contacts entre les représentants des États des Brics au sein de l’ONU et sur d’autres plateformes multilatérales. Nous allons développer davantage la pratique des rencontres des chefs des missions diplomatiques des États membres dans des pays tiers. Tout cela nous permettra de porter une contribution utile dans le règlement des enjeux mondiaux et régionaux, de créer des mécanismes stables de coopération du groupe avec les pays intéressés en voie de développement. Je tiens à souligner que la coopération au sein des États des Brics dans le domaine politique et sécuritaire se construit sur une base privée de toute idéologie et sans pratique de deux poids deux

mesures, avec le respect de la souveraineté des pays membres et sans ingérence aucune dans leurs affaires intérieures. Nous prenons en compte les intérêts nationaux et les priorités de chaque État, son expérience et ses spécificités. Les organes compétents des États membres effectuent un échange d’informations qui permet de révéler et de neutraliser des menaces qui apparaissent.

Les participants des Brics préfèrent résoudre leurs désaccords via le dialogue et soutiennent tous les efforts visant le règlement pacifique des crises. Nous aspirons également à contribuer au renforcement du système du contrôle des armements, du désarmement et de la non-prolifération des armes de destruction massive. Nous sommes solidaires sur la prévention du non-déploiement d’armes et de la course aux armements dans l’espace.

Pour renforcer la lutte contre le terrorisme, nous comptons utiliser activement le groupe de travail des Brics, contribuer à la réalisation de la stratégie antiterroriste des Brics qui a été approuvée en 2020 lors de la précédente présidence de la Russie. Nous sommes tout aussi sérieux dans notre approche envers la résolution de problèmes pratiques, tels que la lutte contre le trafic de drogues, le blanchiment d’argent et la rupture de canaux qui financent des activités
criminelles. La Russie appelle à élever à un autre niveau la coopération dans le domaine de la sécurité de l’information. Le développement des technologues crée de nouvelles opportunités pour leur utilisation dans des buts criminels. Pour lutter contre ce fléau, il convient d’élaborer des règles universelles, des normes et des principes du comportement responsable dans l’espace informationnel.

Au sein du Brics, il existe un groupe de travail pour la sécurité dans l’utilisation des technologies de l’information. Nous comptons également sur le soutien des idées russes sur l’échange d’informations sur des incidents informatiques et sur la signature du mémorandum sur la sécurité de l’information.

Nous renforçons également notre coopération au sein des Brics dans la lutte contre la corruption. Nos pays suivent des programmes de formation anticorruption, échangent d’expérience et d’informations, s’entraident dans l’enquête des flux financiers illégaux et dans la récupération des avoirs volés. Nous comptons accorder une attention particulière à l’interaction interparlementaire. Le Forum parlementaire des Brics se déroulera à Saint-Pétersbourg en juillet. Il sera précédé par la première rencontre des présidents des comités pour les affaires étrangères des parlements des pays membres. Nous sommes certains que ces réunions contribueront au renforcement des liens
interparlementaires.

Peut-on considérer les Brics comme un G20 moins l’Occident? Le groupe des Brics pourra-t-il devenir une alternative au G20 et un contre-poids au G7 ou bien s’agit-il de formats totalement différents?

Je le répète une fois de plus: la Russie n’a jamais opposé le groupe des Brics à d’autres structures internationales que ce soit le G7 ou le G20. Cependant, nous trouvons que les Brics représentent une union unique. C’est un mécanisme autosuffisant qui joue un des rôles majeurs dans la création de l’agenda mondial. Au sein des Brics, s’est formée durant toutes ces années une culture particulière du dialogue des États qui représentent des civilisations, des religions et des

macrorégions différentes. Les participants sont liés par des relations de confiance basées sur les principes de l’égalité souveraine, du respect de l’élection de sa propre voie et de la prise en compte garantie des intérêts mutuels. Cela aide à trouver des points de partage et à résoudre les questions les plus difficiles. Dans toutes leurs actions et leurs déclarations, en théorie et en pratique, les pays des Brics font preuve d’ouverture pour mener un dialogue honnête et basé sur l’égalité des droits. Nous saluons la construction de liens horizontaux entre différents processus régionaux d’intégration dans les pays d’Eurasie, d’Afrique et d’Amérique latine. Il s’agit notamment de l’Organisation de
coopération de Shanghai, de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et de l’Union économique eurasiatique. Cette dernière coopère activement avec nos partenaires chinois, notamment dans la réalisation du projet de Nouvelle route de la soie. Tous ces processus vont s’accélérer et devenir plus substantiels. C’est précisément cette coopération de différents niveaux qui doit constituer une base pour un monde multipolaire, un modèle de communication interétatique afin de trouver les réponses aux défis posés devant le monde. La recette de l’attractivité et du succès des Brics consiste en l’absence d’un agenda de confrontation et d’un agenda secret. Les États qui en font partie ne
construisent pas leur relation dans la logique de celui qui guide et celui qui se laisse guider. Nous menons des consultations, nous prenons des décisions de façon concertée et nous respectons le principe du consensus.

En appliquant ces principes, les pays des Brics expriment les intérêts de la majorité mondiale.