Les Nigériens de la région de Tillabéry veulent la paix

Deux hommes brandissent une banderole rendant hommage aux soldats nigériens tués le 10 décembre 2019 à Inatès

Après les attaques dans la région de Tillabéry qui a fait 100 morts, les populations de cette partie du territoire nigérien se sentent abandonnées par le pouvoir central.

Le Niger a décrété lundi (04.01) trois jours de deuil national en mémoire des cent victimes de l’attaque djihadiste qui a eu lieu il y a quelques jours dans deux villages de l’ouest du pays : Tchoma Bangou et Zaroumadereye.

Pour l’heure, ce massacre n’a pas été revendiqué.

“Cette population n’a besoin que d’être sécurisée. Cette population n’a besoin que d’être en paix”, déclare à la DW Oumar, un parent de victimes de la tuerie. Selon lui, ce dont manque la population, ce n’est pas d’aide financière ou alimentaire… c’est une restauration de l’autorité de l’État. 

“Des bandits viennent forcer les populations à donner des impôts. Quand vous avez, par exemple, le mil que vous avez récolté, que vous avez mis dans un nouveau grenier, on va vous dire de payer 50.000 FCFA (environ 77 euros). Au cas où c’est un ancien grenier, on va vous faire payer 25.000 FCFA (environ 39 euros). Cette population est abandonnée. Il n’y a pas la présence de l’État”, déplore-t-il.

Forte centralisation

La forte centralisation de l’administration et de l’armée nigérienne est l’une des causes de cette absence de l’État dans les régions reculées, souligne le journaliste et essayiste nigérien Seidick Abba. Il pense que les populations locales collaborent avec les djihadistes surtout par peur des représailles.

“Il y a eu des populations qui ont essayé de collaborer avec des forces de défense et de sécurité, soit en leur fournissant des renseignements, soit en les appelant au secours. Et ces personnes-là ont été liquidées par les groupes djihadistes. Je pense que ce n’est plus par adhésion que les populations tolèrent ces groupes qui viennent passer dans leurs villages. Comme il n’y a pas une stratégie de sécurisation, les populations sont entre le marteau et l’enclume. Et elles pensent qu’il vaut mieux, peut-être, ne pas collaborer avec les forces de défense et de sécurité.”

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Pour lutter efficacement contre ces djihadistes, le président sortant du Niger, Mahamadou Issoufou, a annoncé fin novembre que les effectifs de l’armée allaient doubler d’ici cinq ans. Une initiative à saluer, d’après Seidick Abba, mais qui ne va pas tout régler.

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Mahamadou Issoufou insiste sur la “fragilité du Sahel”

“Aujourd’hui, le problème de l’armée n’est pas seulement un problème de moyens et de mobilité. Vous imaginez, lorsqu’il y a attaque à Chinagoderm ou à Inatès, il faut organiser par la route, le renfort qui doit partir de Tillabéry, qui est la ville la plus proche ou de Walam ou de Niamey. On ne peut pas gagner cette lutte anti-terroriste, sans moyens aériens. Aujourd’hui, on n’a pas d’hélicoptères de transport de troupes, on n’a pas d’hélicoptères de combat”, affirme Seidick Abba.

Le massacre de cent civils par des jihadistes doit “rappeler” la fragilité du Sahel, a déclaré le président du Niger Mahamadou Issoufou, dans une déclaration aux Nations unies, le mercredi 6 janvier, tout en appelant la communauté internationale à se “mobiliser”.

  Source: Dw