RDC : la province de l’Ituri à nouveau frappée par les ADF

Les Forces démocratiques alliées (ADF), présentées par l’organisation État islamique comme sa branche en Afrique centrale, sont accusées d’avoir massacré des milliers de civils en RDC et commis des attentats en Ouganda.

Depuis fin novembre 2021, les armées congolaise et ougandaise mènent des opérations conjointes pour tenter de les neutraliser.

L’agenda des ADF, précise le professeur Kritof Titeca qui enseigne à l’Université d’Anvers en Belgique, a toujours été plutôt flou. A l’origine, leur objectif était de renverser le régime de Museveni en Ouganda.

Ayant mis pieds en RDC, ce groupe rebelle est devenu partie prenante de la dynamique politique locale dans laquelle il était plus difficile de voir un programme politique globale.

La plupart de ses actions doivent plutôt être considérées comme une réaction aux attaques militaires et plus récemment contre l’opération Shujaa (l’opération militaire conjointe congolo-ougandaise), estime l’enseignant, pour qui les ADF et le M23 sont deux mouvements avec des perceptions différentes

« Il est beaucoup moins difficile d’identifier une cause claire et un coupable pour le M23, par exemple dans la manière dont les pays voisins sont impliqués. Le M23 s’appuie également sur les perceptions existantes du rôle des pays voisins et des populations minoritaires. Les ADF au contraire font partie d’un conflit dans une zone qui est considérée comme particulièrement obscure. La violence à Béni est notoirement obscure et les objectifs du groupe ne sont pas clairs. Tout cela fait que c’est beaucoup plus difficile d’attirer l’attention sur ce groupe rebelle et sur la violence », explique le Kritof Titeca à la Deutsche Welle.

Quid de l’état de siège

Pour le professeur Adolphe Agenonga, enseignant à l’Université de Kisangani et chercheur associé du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), le bilan de l’état de siège est peu convaincant, si l’on considère l’objectif qui lui a été assigné, à savoir neutraliser les groupes armés responsables de l’insécurité dans l’Est du pays.

Des experts estiment que les motivations des rebelles ADF sont difficiles à cerner

Il explique également que le M23 mobilise plus contre lui parce qu’il est considéré comme une tentative de balkanisation venue de l’extérieur du pays.

« La menace que font peser les ADF, qui du reste constitue le mouvement qui a fait le plus de victimes entre le Nord-Kivu et l’Ituri apparaît de plus en plus comme une économie de criminalité dont la persistance constitue une source de prospérité pour un réseau politico-militaro-économique ayant certainement des ramifications extérieures », souligne l’enseignant.

Les autorités rassurent

Le Nord-Kivu et l’Ituri sont depuis mai 2021 sous état de siège, une mesure exceptionnelle qui a donné les pleins pouvoirs aux militaires: Il n’a jusque-là pas permis de mettre fin aux violences.

L’état de siège n’a encore rien changé au Nord-Kivu

Cependant, Bertin Mubonzi, le président de la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, se veut rassurant. Selon lui, la RDC se dirige petit à petit vers un dénouement de la situation sécuritaire dans l’Est.

Il rappelle qu’un travail considérable est fait pour permettre à l’armée congolaise de s’organiser, s’équiper et être bien formée.

« Ce que nous sommes entrain d’observer à l’Est de la République pour le moment, ce sont effectivement des agitations par rapport au fait que tous les pays voisins et même tous ces groupes armés savent que nous sommes dans un travail qui consiste à permettre à notre armée d’être une armée capable d’instaurer la paix et la sécurité à l’Est du pays », précise Bertin Mubonzi.

La première réunion de la Commission mixte RDC-Rwanda censée se pencher sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et qui devait se tenir ce mardi (12.07) à Luanda, a été reportée à la fin du mois de juillet.

DW