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Nigeria : recourir à une mère porteuse, une pratique qui fait son chemin

Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain, a développé avec le temps le concept des mères porteuses. Si le continent tarde à accepter cette pratique, les Nigérians ne se font plus prier pour recourir à ces femmes qui portent ‘‘les enfants d’autrui’‘. Mais les choses ne se passent pas toujours comme dans un conte de fée. Explications.

27 Déc 2018    

Ada est nigériane et vit à Lagos, la gigantesque capitale économique du Nigeria peuplée par plus de vingt millions d’habitants. Cette femme, qui a failli se faire expulser (avec sa famille) de son appartement, a fini par recourir à la pratique de la mère porteuse afin de gagner de l’argent.

Au départ, son mari rejetait l’idée de voir sa femme porter l’enfant d’autrui. “Il a crié : ‘comment peut-on faire une chose pareille ? N’y pense même pas !’”, explique Ada.

Je me disais (...) que je n'étais pas une vraie femme, l'essence même de ma féminité m'avait été enlevée.

Mais la jeune femme ne s’est pas laissée démonter pour autant. Après avoir regardé une émission de télé-réalité réalisée aux Etats-Unis, Ada, qui ne savait pas que la GPA (gestation pour autrui) se pratiquait dans son pays, l’a apprise auprès d’une de ses collègues. Cette dernière lui a fait savoir qu’elle avait eu ses enfants en recourant à une mère porteuse.

L’affaire a été bonne pour Ada, qui peinait à payer son loyer. Elle a empoché la somme de 5.500 dollars. Cela, après avoir donné naissance à… des jumeaux pour un couple de demandeurs. Et ce n’est pas tout ; pendant sa grossesse, la jeune femme, son mari et leurs enfants ont été logés dans un appartement qui n’a rien à voir avec celui dans lequel ils vivaient. Le tout, au frais du couple demandeur.

“C’est ce qui était le plus important pour moi. La pression pour quitter notre appartement était de plus en plus forte et quand j’ai montré le montant de notre dette à mon mari, il a peu à peu accepté mon idée, même si ça lui faisait peur.”, confie Ada.

La peur de son pourrait se comprendre ; au Nigeria, il est très risqué pour les femmes de donner la vie. Le pays est classé quatrième plus dangereux de la planète en termes de risques en la matière. La Banque Mondiale a recensé 814 décès en couches pour 100.000 naissances.

Les pressions sociales, véritable obstacle à franchir

Il y a aussi les pressions sociales et religieuses qui viennent s’ajouter à ces chiffres alarmants. Les chrétiens, surtout évangéliques (nombreux au sud), et les musulmans (au nord) se bornent à refuser le concept de la mère porteuse. Les familles elles aussi traînent le pas.

Pour ne pas subir le refus familial, Ada a dû mentir, faisant croire à sa famille que l’enfant qu’elle portait est mort en couche. Le secret des jumeaux est ainsi resté préservé.

Les couples qui ne parviennent pas à donner la vie sont très souvent stigmatisés au Nigeria, tout comme dans la majorité des pays africains. Pour la majorité accusatrice, il s’agit d’une malédiction ou d’une punition divine et ce sont souvent les femmes qui sont accusées (à tort) d‘être la cause du ‘‘problème’‘.

Toyin Lolu-Ogunmade fait partie de ces femmes n’ayant pas eu la ‘‘chance’‘ de donner la vie. Elle explique ici sa galère : “je me disais (…) que je n‘étais pas une vraie femme, l’essence même de ma féminité m’avait été enlevée.”

Après douze années de sa vie passées à lutter contre les fibromes (elle a subi quatre opérations), Toyin a dû se soumettre à l‘évidence ; elle a finalement accepté de recourir à la GPA. Mais là encore, les difficultés ne sont pas estompées pour autant. Son gynécologue lui a fait comprendre qu’elle devait elle-même trouver sa mère porteuse, chose qui n’est pas évidente au Nigeria. “Je ne savais pas par où commencer.”, dit-elle.

Suite à de longs entretiens avec le pasteur de leur église, Toyin et son mari ont pris la route de l’Inde, pays qui pratique la GPA en toute légalité et à prix réduit. Ils en sont revenus en 2012 avec des jumeaux et en prime, l’idée de fonder une agence pour venir en aide aux femmes qui éprouvent des difficultés à enfanter.

Bola Adedeji (un nom d’emprunt) fait elle aussi partie de ces femmes qui n’enfantent pas. Elle a dû se cacher pendant la grossesse de sa mère porteuse, pour éviter que les regards indiscrets ne découvrent son secret.

Refusant de connaître l’identité de la mère porteuse, elle se confie comme suit : “qu’est-ce qui arriverait si un jour elle revenait et disait que c‘était son enfant ? Je ne voulais pas de ça.”

La trop grande pression exercée par les familles et les cercles religieux sur les couples ‘‘en panne d’enfants’‘ pousse ces derniers à se tourner vers les “orphelinats-usines”. Ces établissements sont souvent fermés par les autorités du pays, mais leur succès (auprès des familles) et leur trop grand nombre donnent du fil à retordre aux représentants du pouvoir d’Abuja.

Chike (surnom adopté pour raison de discrétion) est agent de mères porteuses et révèle une réalité souvent bien gardée : “lorsque, le dimanche, vous voyez des couples à l‘Église remercier Dieu de leur avoir envoyé miraculeusement un enfant après 15 ou 20 ans de tentatives, il y a de grandes chances pour que ce soit grâce à une FIV ou une GPA.”

Et bien sûr, ces couples se gardent de donner la véritable version des faits.

Le mot de la tradition, la législation qui fait défaut

Chike poursuit en ces termes : “l’une et l’autre technique sont extrêmement coûteuses pour l’immense majorité des Nigérians, donc le marché reste restreint. Et il y a beaucoup de stéréotypes sur la GPA au Nigeria à cause des ‘usines à bébés.’”

Les ‘‘usnies à bébés’‘, ce sont ces maternités clandestines où de nombreuses femmes, souvent très jeunes, accouchent sous couvert de l’anonymat d’enfants non désirés. Ces enfants sont souvent le fruit de viol, d’inceste, ou n‘étaient tout simplement pas voulus par les mères. Parfois, ces mères se rendent dans les ‘‘usines à bébés’‘ pour une et une seule raison : l’argent. Elles y vendent leur rejeton.

Cependant, aussi surprenant que cela puisse paraître, la tradition encourage le concept de la mère porteuse. C’est le cas chez certains clans polygames Igbos et Yoroubas.

Ces clans autorisent à une femme veuve ou divorcée d’‘‘épouser’‘ une femme, qui lui donnera son enfant. Ainsi, les enfants qui résulteront de ce ‘‘mariage’‘ porteront le nom de la veuve et celui du véritable père restera un secret plus ou moins bien gardé.

Mais le concept de la mère porteuse est de plus en plus orienté vers le besoin d’argent, sortant tout doucement des principes de base de la tradition. Au Nigeria, aucune loi n’encadre la GPA. Celle-ci n’est donc ni autorisée, ni interdite et ce vide juridique donne libre cours à toutes sortes d’abus.

De ce fait, les mères porteuses sont souvent les souffre-douleur de ce manque à gagner : examens médicaux inadéquats, manque de soutien psychologique, abus de la pratique et du nombre de césariennes réalisées, rémunération souvent au rabais, etc.

Ayo Sogunro est avocat des droits de l’Homme et se prononce sur le problème : “comme certains pays ont une législation similaire à celle du Nigeria, il se peut qu’un tribunal décide de suivre telle ou telle décision.”

Vu l’opacité qui entoure la GPA, Chike, qui exerce depuis cinq ans, a décidé de rendre le tablier : “je veux offrir mes services de manière légale. Le Nigeria a besoin d’une loi pour encadrer cette pratique.”

Chike risque la prison au Nigeria pour ‘‘traite humaine’‘, pour avoir pris de l’argent auprès des personnes concernées dans le cadre de la GPA.

La balle pourrait se trouver dans le camp des législateurs Nigérians, qui gagneraient à se pencher sérieusement sur les réalités des mères porteuses, vu le besoin plus qu‘évident pour de nombreux couples de recourir à cette pratique.

Avec africanews

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