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Émission spéciale : énergie, l'Afrique déjà au vert

80 % de l'énergie utilisée aujourd'hui dans le monde est encore d'origine fossile, c'est à dire issue du pétrole, du charbon et du gaz. Tandis que les pays occidentaux s'engagent tant bien que mal dans la transition énergétique pour fournir une électricité plus propre à leurs habitants - et limiter le réchauffement de la planète, les pays africains sont déjà bien plus loin.

10 Jui 2019    

 "L'Afrique va servir de modèle dans le monde entier. Nous avons besoin d'accès à l'énergie et au lieu d'aller vers des solutions fossiles, nous commençons directement avec des énergies renouvelables."

Pour nous accompagner tout au long de cette émission, le Dr. Ibrahim Togola, fondateur du Mali Folkecenter qui contribue au développement des énergies renouvelables.

Dr. Ibrahim Togola, pionnier des énergies renouvelables au Mali

Dr. Ibrahim Togola, pionnier des énergies renouvelables au Mali

Un peu moins d'un milliard de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'électricité", raconte-t-il, "600 millions sont en Afrique et cela représente 60% de la population africaine".

Le spécialiste en énergie souligne les disparités entre les pays, mais aussi entre zones urbaines et rurales. "La population de l'Afrique est encore essentiellement rurale et pour elle, le taux d'accès va de un à 20%. C'est ce qui explique aussi le manque d'opportunités pour les jeunes."

Le courant électrique, une denrée rare en Guinée

Les zones rurales sont donc les plus mal loties, mais en ville aussi la fourniture d'électricité ne fonctionne pas comme elle le devrait. Exemple en Guinée où le courant électrique devient une denrée de plus en plus rare. Pourtant avec l'avènement des nouvelles technologies notamment de l'intelligence artificiel,  l'électricité devient une entitée cruciale pour le développement économique.

Ces dernières semaines, des manifestations se sont déroulées dans plusieurs quartiers de Conakry pour se plaindre de la fourniture de l’électricité. Les manifestants accusent la société Électricité de Guinée (EDG) d’être opaque dans la distribution du courant électrique.

Le courant électrique est essentiel au quotidien

Le courant électrique est essentiel au quotidien

"Il y a une urbanisation sans précédent dans l'histoire", explique le Dr. Ibrahim Togola. Les jeunes vont dans les villes à la recherche d'opportunités et face à la demande croissante, les réseaux ne font pas face.

Autre problème, les sociétés d'électricité veulent maintenir leur monopole. Or "sans le soutien des États, elles seraient en faillite", affirme Dr. Ibrahim Togola.

"L'État est obligé, avec ses maigres ressources, de subventionner ces sociétés qui fonctionnent encore comme dans les années 1960, mais ça ne marche pas."

 

Quelles sources d'énergie privilégier ?

Un des choix qui se pose aux États, c'est le type d'énergie à développer. Or jusqu'ici, ce sont les énergies fossiles qui dominent.

Les pipelines ont encore de beaux jours devant eux

Les pipelines ont encore de beaux jours devant eux

En Afrique, la moitié de l'électricité produite provient encore de combustibles comme le charbon ou le pétrole. La bonne nouvelle, c'est que la part des énergies renouvelables est en constante progression.

"C'est là où nous sommes optimistes et si nous le prenons par le bon bout, l'Afrique va faire la différence. Les énergies renouvelables sont matures, leur coût continue à baisser. L'Afrique fait un saut technologique extraodrinaire, nous devons capitaliser sur cela en formant les jeunes, les banquiers, il faut créer des expertises africaines", recommande l'expert malien.

Dr. Ibrahim Togola attribue le recours aux énergies fossiles à la force des lobbies qui trouvent un terrain propice en Afrique. "L'Afrique est en pleine expansion économique, les décideurs ont des défis énormes. Un industriel qui vient avec un paquet financier pour réaliser en cinq mois une centrale au fioul, même polluante, ils ne vont pas dire non."

De l'autre côté, les projets d'énergies renouvelables ont du mal à trouver des financements. Leur coût de développement est 50 plus élevé qu'en Europe car tout doit être importé.

"ll faut qu'on arrive à faire au moins 10-20 gigawatts par an, donc il faut lever les barrières administratives pour sortir d'un système encore dominé par les énergies fossiles."

Le nucléaire n'est pas une énergie propre

Le financement reste encore un frein majeur au développement des énergies vertes sur le continent africain. Et en face, les lobbies font de la résistance, en particulier le lobby nucléaire très actif. Le Dr. Togola est bien clair là-dessus: le nucléaire n'est pas une énergie propre, contrairement à ce qu'on pourrait croire...

La centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du Sud, inspire d'autres pays

La centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du Sud, inspire d'autres pays

"Je trouve qu'on essaie de noyer le poisson dans l'eau. On oublie les minerais qu'on extrait en amont et les déchets nucléaires qui polluent le sol pendant des millions d'années. On prend en otage la vie des enfants qui nous succèdent. C'est aussi dangereux. J'ai été à Fukushima en 2016 et ca fait mal au coeur de voir ces terres abandonnées pour toujours. Personne ne peut maîtriser la nature, je trouve que l'Afrique a d'autres sources d'énergie que le nucléaire."

Les sources alternatives sont variées et disponibles en nombre sur le continent africain, explique encore le Dr. Ibrahim Togola.

"On a tous les potentiels: le soleil en abondance, le vent qui a un potentiel énorme, la géothermie, la biomasse, les micro-centrales".

Selon l'expert malien, "chaque maison doit pouvoir se transformer en petite centrale énergétique, chaque unité de transformation industrielle doit avoir son autonomie énergétique", l'ensemble formant des réseaux interconnectés, comme par exemple en Californie.

"Il faut comprendre qu'on a abandonné l'âge de pierre"

Ces solutions locales sont également multipliables, selon le Dr. Ibrahim Togola. "Il faut comprendre qu'on n'a pas abandonné l'âge de pierre par manque de pierre mais parce qu'il existait des solutions meilleures. Là, les solutions sont décentralisées."

Parmi les pays qui ont entamé sa transition énergétique, il y a le Togo. Il ambitionne de faire passer le taux d’électrification à 50% en 2020 et à 100% au cours des dix prochaines années. 

Et c'est bien parti puisque 45% des Togolais avait déjà accès à l'électricité fin 2018. Les autorités ont lancé une initiative pour électrifier 550.000 ménages grâce à des kits solaires individuels. Et un projet dénommé "Communauté connectée de demain" est mis en œuvre pour couvrir les besoins en électricité de toute la population. 

Au Togo, mais aussi dans d'autres pays comme le Cap Vert, la fourniture d'électricité dans des zones rurales passe donc par des partenariats publics-privés. Pour le Dr. Ibrahim Togola, c'est ce genre de solution qu'il faut privilégier. 

"Le partenariat public-privé est essentiel mais il doit être encadré. L'État doit comprendre qu'il a tout à y gagner. L'Afrique a besoin d'investissements qu'aucun État aujourd'hui ne peut satisfaire."

Plus de 17 localités maliennes électrifiées

Le Mali Folkecenter a électrifié plusieurs villages maliens, raconte avec fierté le Dr. Ibrahim Togola. En quinze ans, le travail de l'organisation avec l'agence gouvernementale a permis d'amener le taux d'électrification à 18%.

"Nous électrifions ces communautés et immédiatement la dynamique change. Les gens reviennent et créent des emplois et ça permet aux jeunes de ne pas être rattrapés par des circuits d'immigration ou d'extrémistes."

Les besoins locaux sont immédiatement satisfaits par ces solutions locales qui valorisent également les populations. "Les techniciens voient qu'ils rendent un service à leur communauté, cela allège l'État donc c'est plus durable."

Des solutions plus durables, la planète en a bien besoin. Notamment pour la gestion des déchets énergétiques. Car l'augmentation de la demande en énergie entraîne aussi une hausse des déchets. Une solution, le recyclage. 

"Les experts en sont conscients", affirme le Dr. Ibrahim Togola qui souhaite voir l'Afrique parler au même niveau que les pays occidentaux dans le domaine énergétique, "avec ses experts et ses solutions".

"Il y a 30 ans, 90% des panneaux solaires étaient construits en Europe, aujourd'hui c'est en Chine", rappelle-t-il.

"Je suis engagé avec d'autres partenaires à créer l'Institut africain des énergies renouvelables, des énergies et du climat". L'objectif est de "créer des compétences africaines".

Avec DW

 

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