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« Voici mon plan pour mettre fin à la crise sécuritaire et réconcilier les Burkinabè », Maitre Gilbert Noel Ouédraogo, candidat à l’élection présidentielle de 2020

« En 2020, soit l'opposition passe au premier tour où il y aura un deuxième tour »Maitre Gilbert Noel Ouédraogo, candidat à l’élection présidentielle de 2020.

02 Juil 2019    

A 17 mois de la fin du mandat du président Roch March Christian Kabore, la classe politique Burkinabè connait quelques agitations. Tandis que dans certains partis, c’est encore les guerres de leadership, dans d’autres, ce sont les préparatifs pour la conquête du pouvoir en 2020. C’est le cas de l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération, Rassemblement Démocratique Africain (ADF-RDA) qui a choisi son candidat lors du dernier congrès en fin mars 2019 à Bobo Dioulasso. Le jeudi 27 Juin 2019, nous avons rencontré Maitre Gilbert Noël Ouédraogo, ancien ministre sous Blaise Compaoré et candidat du parti ADF-RDA pour comprendre son projet électoral.  

Afrique Media : Lors du 16eme congrès de l’ADF-RDA qui s’est tenu les 29, 30 et 31 mars 2019 à Bobo Dioulasso, vous avez été choisi pour être le candidat de votre parti aux élections présidentielles de 2020 au Burkina Faso. Dites-nous quelle est la vision du parti pour ces élections à venir?  

GNO : Je voudrais avant tout propos avoir une pensée pieuse pour tous ceux et celles que nous avons perdus dans la crise sécuritaire que nous traversons, que ce soit les civils comme les militaires.

Je voudrais saisir cette occasion pour traduire ma reconnaissance à toutes les personnes anonymes qui ont toujours cru en moi ainsi qu’aux militants et militantes de l'ADF-RDA qui ont toujours porté leur confiance en ma personne.

En effet, mon parti l'ADF-RDA m'a investi pour la deuxième fois, après une première investiture qui été invalidée par le Conseil constitutionnel en 2015. Cette invalidation avait été faite, motif pris de la loi inique d'exlusion, dite loi Shérif.

Aujourd’hui encore, ce parti m'a investi et m’a donné mandat d'œuvrer à faire porter cette candidature par une large coalition composée  de toutes les forces vives du pays afin qu'ensemble nous puissions apporter des solutions aux problèmes de l'insécurité, au terrorisme, aux difficultés d'accès à l'eau potable, au chômage et en particulier celui des jeunes, à la corruption, à la faim et à la malnutrition, aux changements climatiques, à la pauvreté, à la question de l'éducation, au système de santé, aux questions d'infrastructures qui sont insuffisantes et inadaptés et également à toutes les autres formes d'iniquités.

En acceptant cette candidature, j'ai pour ambition de construire avec les citoyens et citoyennes de mon pays, une réponse appropiée et durable à cette aspiration commune qui est celle de mieux vivre ensemble, dans la concorde et la paix et celle de pouvoir tout simplement manger, se vêtir, se soigner, s'éduquer et travailler dignement. Mon objectif est de faire en sorte que nous puissions transmettre à la génération future un pays qui se trouve dans une dynamique de prospérité. Voilà un peu le sens de ma candidature et c'est ainsi qu'il faut la comprendre.

Notre projet est en cours de rédaction, nous allons initier des tournées sur l'ensemble du territoire national afin de recueillir les aspirations de la base pour finaliser la rédaction du projet.

Pour nous, il s'agit de penser à l'horizon 2050. Il s'agit de construire un modèle original de progrès social, environnemental et économique soutenu par des ressources en parfaite santé qui sont créatrices de connaissances et de technologies avancées.

Pour nous, le Burkina Faso doit devenir un pays de stabilité, un pays de paix, et un pays qui est reconcilié avec lui-même et avec son histoire.

Afrique Media: Quelles seront les actions que l'ADF-RDA compte mener sur le terrain avant les élections?

GNO : Ce seront principalement des actions de mobilisations, de sensibilisation, d'échanges et de contacts.

Nous avons prévu un programme de tournées sur l'ensemble du territoire, qui nous permettra de rencontrer nos bases, mais aussi d'aller au-delà de nos bases et rencontrer toutes les personnes ressources qui peuvent apporter des idées pour la construction de notre pays.

« Je serai le candidat de la rupture »

Je serai le candidat de la rupture, rupture dans la gestion des affaires de l'Etat, rupture dans la gouvernance démocratique, rupture avec la situation d'un président du Faso omnipotent qui, lorsqu’il est défaillant fait couler tout le système. Rupture également dans la gestion financière, nous allons lutter contre la corruption, la gabegie, et travailler à la réduction du train de vie de l'Etat. Rupture aussi avec la gestion des ressources humaines, il faudrait une dépolitisation complète de l'administration publique. Rupture dans le travail, il faut mettre en œuvre un système d’évaluation axé sur le résultat afin de permettre aux plus méritants et aux plus compétents d'exercer leurs savoir-faire. Rupture également dans la décentralisation, nous allons mettre en oeuvre une politique de décentralisation qui permettra véritablement aux populations à la base de concourir au développement national.

Je pense être la personne la mieux placée pour faire une transition réussie entre l'ancienne génération et la génération future d’hommes politiques au Burkina Faso.

Afrique Media : Si vous êtes élu comment comptez-vous mettre fin à la crise et réconcilier les Burkinabè ?

« Il faut un système d’indemnisation des familles des militaires »

GNO : Notre armée a besoin d'être accompagnée, elle a besoin d'être renforcée, elle a besoin d’être équipée. Nous devons mettre plus de moyens à la disposition de notre armée afin de lui permettre d'être une armée d'élite. Il faut aussi en plus de la formation continue apporter des formations psychologiques et morales aux troupes afin de leur permettre de se sentir toujours confiantes et capables d'intervenir et de réagir en toute sécurité et en toute quiétude. Il faut aller plus loin pour mettre en place un système de reconnaissance de nos hommes qui tombent sur le champ d'honneur. Il faut aller au-delà des décorations et mettre en place un plan conséquent d'indemnisation et d'assistance aux familles pour ceux qui meurent pour la patrie. Pour  que toute personne qui se sacrifie pour la patrie soit consciente, que la nation sera à ses côtés et qu’elle sera aux côtés de sa famille.

Bien sûr, la réconciliation est primordiale. On ne peut pas aller loin dans la haine et la violence. Il faut donc créer les conditions pour que tous puissent se parler, se comprendre et se pardonner, afin de regarder dans la même direction. Nous sommes condamnés à vivre ensemble ou à mourir bêtement comme le disait l’autre.

Nous allons accompagner aussi nos populations par des politiques de développement intégrés. Car le développement permettra de lutter contre le chômage et aussi contre le terrorisme.

Nous allons resserer les rangs entre les communautés, nous allons montrer aux communautés qu'elles ont toutes, les mêmes devoirs et les mêmes droits. Nous sommes tous Burkinabé, et aucune communauté n'est au-dessus d’aucune autre.

Nous comptons mettre en œuvre tout cela à travers notre programme pour vraiment créer l'Etat-Nation pour que chaque Burkinabé se sente intégré à part entière, considéré à part entière dans son pays afin de mettre fin à l'exclusion, à la division parce que cela ne permet pas de construire une nation.

Afrique Media : Pensez-vous qu'une alliance politique pourrait jouer en faveur de l'opposition aux prochaines élections de 2020 ?

GNO : Oui, il faut qu'il y ait forcément une alliance politique, parce que notre pays est actuelement à la croisée des chemins car ceux qui ont proclamé haut et fort être la solution sont aujourd'hui un problème pour le pays. Il faudrait que l'opposition prenne ses responsabilités afin de créer les conditions d'une alternance pour libérer le pays de la situation dans laquelle il se trouve. L'opposition doit réussir à se mettre d'accord sur une plateforme politique avec un accord précis de gouvernement afin d'offir une alternative serieuse et d'espérence aux populations qui n'attendent que cela.

« Soit l'opposition passe au premier tour où il y aura un deuxième tour »

Avec le type d'élection que nous avons, il ne s'agit pas de battailler pour une candidature unique, mais pour des candidatures multiples et ciblées, de manière à contraindre le pouvoir en place à aller au deuxième tour. Le projet d'accord est déja disponible et nous travaillons à ce que cela aille au delà des partis politiques, nous voulons que l'accord touche tous les candidats qui se reclament de l'opposition et qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir en place. Pour que celui qui est le mieux placé soit celui qui soit appuyé par tous, en cas de deuxième tour. En tout cas, à mon avis, soit l'opposition passe au premier tour où il y aura un deuxième tour.

Afrique Media : Que feriez-vous si le pouvoir en place décidait de faire une prolongation de mandat à cause de la crise sécuritaire ?

GNO : Nous pensons que si le peuple Burkinabé a refusé le "lenga" (bonus) en 2014 et n'a pas voulu de modification de la constitution, ce n'est pas pour venir donner un "lenga" dans une situation d'instabilité, alors qu’en 2014, nous n'étions pas dans cette situation.

De notre point de vue, il faut forcement que les élections se tiennent, le pretexte securitaire ne peut pas etre utilisé pour reporter les élections surtout qu'au Mali ou la situation était plus grave que celle du Burkina les élections ont eu lieu. Donc pour l'opposition, il faut que les élections se tiennent à bonne date et qu'il n'y ait pas de prolongation du mandat de qui que ce soit.

2020, ce n'est pas un simple rendez-vous pour la conquête du pouvoir, mais il s'agira pour nous et pour tous de corriger la grosse erreur d'avoir confié le pays à des personnes dont la créativité est émoussée, des personnes qui manquent de volonté, d'humilité et de capacité d'écoute et qui n'apportent pas vraiment de solutions aux problèmes des Burkinabé.

Il nous faut donc absolument refermer au plus vite cette parhenthèse en faisant accéder majoritairement de nouveaux acteurs au pouvoir par des elections crédibles, libres, transparentes et acceptés de tous. Tel est le principal enjeu des élections de 2020.

Afrique Media : Que suggérez-vous comme alternative à la dernière révision du code pénal qui prévoit des dispositions beaucoup plus restrictives à l’égard des utilisateurs des réseaux sociaux et internet en général?

GNO : Comme je l'ai indiqué tout dernièrement, ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on soigne la fièvre. Malheureusement ce pouvoir nous a habitués à vouloir trouver toujours des solutions de substitutions et à créer des échapatoires. Aujourd'hui le problème du Burkina ce n'est pas l'information, le problème du Burkina c'est l'insécurité que nous vivons et il faut apporter la réponse à ces problèmes d’insécurité.

Le code pénal a été adopté en mai 2018, moins d'une année après, on modifie encore ce même code pénal pour y ajouter des dispositions encore plus contraignantes. Cela prouve que le pouvoir en place est dans un tâtonnement. S’ils avaient de la vision, si les préocupations qu'ils soulèvent constituaient des préocupations réelles, elles auraient déjà été prises en compte en 2018. C'est donc dire que ce pouvoir navigue à vue et que ce pouvoir, en réalité cherche toujours des boucs émissaires. L'objectif de cette loi n'est pas en fait de protéger les Burkinabè, mais d'empêcher que les citoyens ne donnent l'information sur la situation réelle de notre pays.

Je le dis et je répète, nous sommes solidaires avec nos forces de défense et de sécurité. Ce que nous disons, c'est qu'il ne faut pas prendre pour prétexte, cette situation pour museler la presse. Et surtout que c'est la presse nationale qui sera museler, cela va jouer en faveur de la presse internationale qui ne se sent pas concernée par cette loi. C'est la presse internationale qui va maintenant avoir le monopole de l'information sur ce qui se passe dans notre pays.

Les textes qui sont proposés sont vagues et ne sont pas précis, alors qu'en matière pénale il faut être précis, l'infraction doit être qualifiée correctement. Mais ici on vous explique que celui qui publie ou qui relaie des images immédiatement ou dans un temps voisin est poursuivable.

La question qui se pose est, qui va autoriser la publication de ces informations-là ?, qui est compétent pour le faire ? Qui va évaluer la durée du temps voisin et qui va dire que l'opération est terminée ? Pourtant les Burkinabè ont besoin de savoir ce qui se passe dans leur pays.

C'est en cela que nous disons que cette loi est une loi liberticide et nous allons combattre cette loi, parce qu'il ne sagit pas de prendre pretexte de l'insécurité à laquelle on n'apporte pas de solution pour museler la presse et les leaders d'opinion.

Afrique Media : L’une des conséquences de la crise sécuritaire, c’est le risque d'insécurité alimentaire dans notre pays, selon vous quelles sont les dispositions urgentes à prendre pour prévenir une crise alimentaire au Burkina Faso?

 GNO : Il faut reconnaitre que le Burkina Faso a des zones qui sont chroniquement déficitaires, du fait même de la saison pluvieuse, je suis bien placé pour le savoir pour avoir été ministre de l'action sociale. Et là nous avons le problème sécuritaire qui vient se greffer, les populations se déplacent, donc dans les zones où on pouvait cultiver, on n’arrive plus à cultiver, ce qui va naturellement entrainer une baisse de la production céréalière  à la fin de la campagne agricole.

Il appartient par conséquent au gouvernement d'anticiper, c'est son rôle, puisque nous ne pouvons pas dire que nous sommes surpris par ce qui se passe. Le gouvernement doit pouvoir mobiliser et stocker des vivres. Il y a le CONASUR (Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation) au niveau du ministère de l'action sociale et la SONAGESS (Société Nationale de Gestion des Stocks de Sécurité alimentaire) au niveau du ministère de l'agriculture. Il va falloir renforcer ces stocks, pour qu’ils puissent servir de moyens de riposte en cas de crise alimentaire. Et j'èspère que le gouvernement s'attèle à préparer cela.

Afrique Media : Nous sommes à la fin de notre entretien, quelle est votre message au peuple ?

GNO : Mon message sera à l'endroit de tous les Burkinabé,  je voudrais en toute humilité leur dire qu'il est grand temps que nous regardions tous ensemble dans la même direction. Il faut qu'on sorte de la manipulation, il faut qu'on sorte de la violence, il faut qu'on sorte de la haine et qu'on aille vers la construction d'une véritable unité nationale, d'une cohésion et cela ne peut se faire que dans un contexte de restauration de la vérité et de réconciliation nationale sincère.

Je profite donc lancer  cet appel afin que chacun de nous puisse être un vecteur de paix, de vérité, de justice et de réconciliation nationale.

Je voudrais dire à la jeunesse, que cette paix, elle est plus utile à elle, parce que c'est la jeunesse qui a le plus à gagner quand il y a la stabilité. Donc j'aimerais inviter la jeunesse à s'impliquer, à prendre position, à s'engager politiquement et à voter, car le bulletin est une arme. Et c'est pour cette raison que j'ai decidé d'être candidat parce que je pense qu'avec les Burkinabé, je peux apporter les solutions aux problèmes des Burkinabés.

Je terminerai mon propos en remerciant votre journal pour m’avoir ouvert ses colonnes et également pour le travail colossal d’information et de sensibilisation que vous menez.

Je vous remercie.

Propos recueillis par

Balele Eric BAMOUNI

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