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Présidentielle en Côte d’Ivoire: que va-t-il se passer au RHDP après le retrait de Ouattara?

C'est la fin d'un suspense qui durait depuis plusieurs mois, le président ivoirien Alassane Ouattara en poste depuis 2010, soit déjà deux mandats, n'en briguera donc pas un troisième en octobre 2020.  Son parti, le RHDP, doit maintenant se remettre en ordre de marche pour désigner un candidat.

06 Mar 2020    
Le président ivoirien Alassane Ouattara, lors d'un discours à un sommet du G20 à Berlin, le 19 novembre 2019. Le président ivoirien Alassane Ouattara, lors d'un discours à un sommet du G20 à Berlin, le 19 novembre 2019. AFP/John MACDOUGALL

 L’annonce a surpris. Devant les députés et sénateurs réunis pour la première fois en Congrès, et ce afin d’écouter le discours du président sur l’État de la nation, Alassane Ouattara a d’abord, pendant une demi-heure, détaillé son bilan dans tous les domaines après neuf années passées au pouvoir. « J’ai donné le meilleur de moi-même parce que j’aime mon pays. Je n’ai certainement pas tout réussi, mais les résultats sont là notre pays rayonne », a-t-il déclaré.

Puis après avoir expliqué aux parlementaires les modifications qu’il entend apporter à la Constitution, il commente : « Il est vrai que les révisions constitutionnelles suscitent méfiance et suspicion, car elles ont souvent servi de prétexte pour pérenniser un pouvoir ou pour exclure des adversaires politiques du jeu électoral. Je veux vous rassurer, le projet que je vous soumettrai ne s’inscrit nullement dans cette optique. »

 Puis il détaille son projet de révision, avant de lâcher sa bombe sans ménager ses effets : « Je voudrais vous annoncer solennellement que j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle », répète-t-il, interrompu plusieurs fois par des salves d’applaudissements, avant de reprendre : « et de transférer le pouvoir à une jeune génération ».
"C'est l'une des rares fois où je salue une décision du président de la République Alassane Ouattara. Pour une fois, il joint l'acte à la parole et fait ainsi preuve de courage politique. C'est un acte à saluer tout en espérant qu'il ne laisse pas à cette jeune génération en héritage les contentieux de l'élection antérieure."
Kouadio Konan Bertin, membre du bureau politique du PDCI-RDA et conseiller du president Henri Konan Bédié

Alassane Ouattara conclut : « Je veux aussi assurer les conditions d’une passation de pouvoir d’un président démocratiquement élu à un autre, pour la première fois dans l’histoire de notre pays. »

À la sortie, un député de l’Ouest fait part à RFI de son soulagement et de sa satisfaction. « L’environnement était devenu lourd en Côte d’Ivoire. Le fait de se retirer va assouplir l’ambiance et relancer les débats de façon constructive », confie-t-il.

« Il vient de montrer à ses paires qu’il faut tenir ses engagements. Il a choisi de sortir par la grande porte », commente un autre élu.

"C'est une décision très courageuse..." Reaction dans les rues d'Abidjan.

 

Qui au RHDP pour 2020 ?

Tous les regards se tournent vers le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, poussé par Alassane Ouattara pour être le candidat à la présidentielle. Il est un homme de confiance du président ivoirien. Technocrate comme lui,  à 61 ans il incarne la nouvelle génération à laquelle Alassane Ouattara, 78 ans, entend passer le témoin.

Le problème, c’est qu'Amadou Gon Coulibaly n’est ni populaire ni charismatique, trop technocrate pour certains qui, y compris dans son propre camp, doutent de ses capacités à mener le RHDP à la victoire. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle une candidature Ouattara à un nouveau mandat était envisagée.

Depuis des mois Amadou Gon Coulibaly occupe le devant de la scène et sillonne le terrain pour inaugurer des écoles, des pompes à eau ou électrifier des villages en vantant le bilan de son gouvernement.

Mais alors qu’approche la date fatidique du 31 octobre, d’autres commencent à sortir du bois. Comme Marcel Amon-Tanoh, actuel ministre des Affaires étrangères qui d’ailleurs est donné sur le départ du gouvernement et peut-être du RHDP.

"En formant notre Constitution que Ouattara lui-même a fait voter il y a à peine deux ans, il ne peut pas être candidat. Quelqu'un qui voulait poser un acte illégal et qui recule face à la réprobation générale, ne constitue pas un événement. L'événement aurait été que malgré l’interdiction de la Constitution qu'il décide d'être candidat."

Justin Koné Katinan, porte parole de Laurent Gbagbo

Autre candidat possible : Albert Mabri Toikeusse, ministre de l’Enseignement supérieur. Il y a quelques jours, des proches ont plaidé pour sa candidature dans la presse dans ce qui ressemblait fort à un ballon d’essai. Cette annonce surprise pourrait bien aiguiser des appétits restés discrets.

Et puis, il y a ceux qui ne disent mot, mais à qui certains prêtent des ambitions : comme pour le ministre de la Défense Hamed Bakayoko, moins technocrate et plus populaire que son Premier ministre. Sans parler de ceux qui restent dans l’ombre, mais dont l’annonce d’Alassane Ouattara pourrait aiguiser les appétits.

« Nous avons le défi de la cohésion en notre sein », reconnaît Mamadou Touré, l’un des porte-parole du parti. Un parti pris de court manifestement. « Nous allons adapter notre stratégie », commentait son directeur exécutif Adama Bictogo à la sortie jeudi.

Le RHDP doit maintenant lancer le processus de désignation du candidat. Y aura-t-il des primaires ? Pour l’instant, silence radio. Il faudra attendre un conseil politique qui devrait se tenir tout prochainement.

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