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Présidentielle aux Comores: journée de vote particulièrement tendue

Plus de 300 000 électeurs de cet archipel de l'océan Indien étaient appelés aux urnes pour une présidentielle anticipée sur laquelle planent des soupçons de fraude. A Moroni, l'opposition a accusé le régime du président Azali Assoumani de «coup d'Etat» électoral et à Anjouan la journée a été marquée par des incidents.

25 Mar 2019    

Aux Comores, l'heure est maintenant aux décomptes des voix. Le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou a accordé dimanche soir une conférence presse. Il n’a pas donné de chiffres, mais s'est félicité de la bonne tenue du scrutin. « La démocratie a triomphé, les Comoriens se sont exprimés, ils ont exprimé leur maturité, ils ont pu exercer leur droit de vote librement. Le scrutin s'est bien déroulé dans l'ensemble du territoire, en particulier à Anjouan et à Mohéli », a déclaré Mohamed Daoudou. Même s'il reconnaît « quelques échauffourées dans l'après-midi à la Grande Comore pour laquelle certains candidats ont appelé à la violence ».

Des propos aux antipodes de ce que dit l’opposition qui, plus tôt, a estimé que le vote était entaché de fraude massive et organisée. Les douze candidats de l’opposition ont appelé, par la voix de l’un d’entre eux, l’ancien haut gradé Mohamed Soilihi, alias « Campagnard », à la révolte, à empêcher physiquement le retour des urnes au palais du Peuple à Moroni, où les résultats sont centralisés, et à rejeter le processus électoral.

Pour répondre au coup d'Etat perpétré dans l'ensemble du territoire national, ayant pour objet de museler la population à se rendre dans les urnes, nous, candidats, déclarons illégitime le gouvernement actuel ayant à sa tête le colonel Azali et nous contestons la mascarade de ces élections...

Entendant l’appel, quelques dizaines de jeunes ont alors bloqué les rues devant le palais du peuple à l’aide de parpaings, de détritus et de pierres. Trois policiers sont arrivés et les manifestants se sont enfuis. Les 12 candidats eux ont été bloqués en route. Ils ont alors improvisé un sit-in, espérant que la foule les rejoigne. Mais la nuit est tombée et personne n’est venu. Les opposants sont donc finalement repartis.

Le ministre de l’Intérieur a remercié les populations qui n'ont pas, selon lui, cédé, et a affirmé que « cet appel à la violence ne restera pas impuni ».

Journée de vote chaotique à Anjouan

C'est la conclusion d'une journée de scrutin émaillée de tensions sur l’île d’Anjouan. Dimanche matin, des bureaux ont été saccagés car des électeurs avaient constaté que des urnes arrivaient bourrées de bulletins. Conséquence : des routes ont été barrées, des échauffourées ont éclaté. Les journalistes ont vu cinq personnes blessées, dont trois par balle.

« Ils ont voulu tricher alors les bulletins ont été emportés, les urnes ont été cassées. Les assesseurs qui étaient là ont été dégagés dehors. Les gens se sont énervés. Ils ont compris qu’il y aurait de la triche alors ils ont détruit les urnes », affirme un témoin.

Interrogé sur un usage excessif de la force, le ministre de l’Intérieur a malgré tout contesté ces faits et parlé lui de deux blessés, un gendarme et un assesseur qui tentait de s’interposer pour éviter le saccage de son bureau. Quant aux blessés par balle vus par les reporters, le ministre a dit qu’aucun n’avait été enregistré dans les hôpitaux du pays.

La Céni a confirmé la destruction d’urnes dans une dizaine de localités dans un communiqué où elle évoque les dispositions prises pour la reprise du déroulé normale des élections.

Parfois la foule en colère a été dispersée par la force et les armes comme à Pomoni, ville du sud-ouest de l'île d'Anjouan, où il y a eu trois blessés par balle évacués en pirogue à moteur jusqu’à Mayotte. « Il y en a trois qui sont blessés très dangereusement. Il y en a un qui est blessé dans la colonne vertébrale et les autres sont blessés dans les pieds avec des balles. La population villageoise de Pomoni décide d'évacuer à Mayotte dans l'immédiat », a affirmé un autre témoin.

« Ce qui nous arrive est très dur : on a tiré sur nos enfants, alors là on les envoie à Mayotte. Nous on est des petits, la seule chose qu’on peut faire c’est de protéger nos enfants », déclare une femme.

La mouvance présidentielle rejette cette version des faits. Reste que les votes n’ont jamais repris dans la plupart des bureaux bloqués. A Ouani, près de la capitale, les treize bureaux ont été fermés avec plus d’une heure d’avance par l’armée munie de gaz lacrymogènes pour disperser la foule, empêchant la signature des procès-verbaux comme le prévoit le code électoral.

Avec rfi

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