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Escale au Texas pour la présidente taïwanaise : la rencontre qui irrite Pékin

La rencontre dimanche entre Tsai Ing-wen, présidente de Taïwan, et Ted Cruz, sénateur républicain, dérange la République populaire de Chine. Pour autant, les États-Unis ne devraient pas se risquer à remettre en cause le principe d'une "Chine unique".

22 Jan 2017    

En escale les 7 et 8 janvier aux États-Unis avant une tournée en Amérique centrale, la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, a rencontré le sénateur républicain Ted Cruz à Houston, au Texas. Au menu, selon le candidat malheureux à la primaire de son parti, des discussions portant sur les ventes d'armes, sur les échanges économiques et diplomatiques entre les États-Unis et la presqu'île de Taïwan. Une entrevue problématique pour Pékin, qui met en garde contre toute remise en cause du principe de "Chine unique".

 

 


L'entrevue accordée par Ted Cruz constitue-t-elle un camouflet pour la République populaire de Chine ? C'est en tout cas l'avis des médias chinois, à la suite du refus des États-Unis d'accèder à une exigence de Pékin : interdire à la dirigeante de Taïwan une escale sur le sol américain. "Nous sommes résolument opposés à toute rencontre entre la dirigeante de Taïwan et des responsables américains sous prétexte de transit, ainsi qu'à ses tentatives de saper les relations sino-américaines", a déclaré Lu Kang, porte-parole de la diplomatie chinoise, lors d'un point presse régulier.

Françoise Mengin, spécialiste des relations Chine-Taïwan et directrice de recherche au Centre de recherches internationales de Sciences Po (Ceri), nuance toutefois : "Ce n'est pas la première fois qu'un dirigeant taïwanais fait escale aux États-Unis en se rendant chez les quelques rares partenaires diplomatiques de Taïwan. C'est quelque chose qui relève désormais de la routine des relations bilatérales entre Washington et Taipei." C'est d'ailleurs également l'avis du gouvernement américain qui a affirmé, lundi 9 janvier, que le refus d'accéder à la demande la Chine "ne remettait pas en cause la politique de Chine unique des États-Unis".

La Chine mise sous tension par l'élection de Donald Trump

Si la République populaire de Chine est si prompte à faire feu de tout bois, c'est que l'élection de Donald Trump l'inquiète. Par un tweet, le 3 décembre, le président élu a révélé que la présidente de Taïwan l'avait appelé pour le féliciter.

 

 


Avec ce simple coup de fil, Donald Trump s'approche d'une remise en cause de la tradition diplomatique régissant les relations entre la Chine et les États-Unis d'une part et Taïwan et les États-Unis d'autre part. Celles-ci suivent le principe de la "Chine unique" défini par la République populaire : la Chine est une et Taïwan n'est qu'une province sécessionniste. Les États-Unis ont reconnu la position chinoise en 1972 puis rompu les relations diplomatiques avec Taïwan au profit de la République populaire de Chine le 1er janvier 1979.

Cependant, Washington conserve quelques liens avec la presqu'île de Formose. Dans la foulée de la reconnaissance de la Chine continentale, le Congrès américain a fait voter le "Taiwan relations act" en avril 1979 : "Il codifie le transfert des relations diplomatiques et consulaires avec Taipei à la sphère privée, explique Françoise Mengin. Toutes les relations substantielles qui existaient ont été maintenues à l’exclusion de la reconnaissance mutuelle d’État à État". Une façon élégante de maintenir le commerce avec l'île et notamment de continuer à lui vendre des armes. Un fait sur lequel Donald Trump n'a d'ailleurs pas manqué d'ironiser.


Devant le flot de critiques, le président élu est allé jusqu'à menacer de ne plus reconnaitre la "Chine unique" dans une interview à Fox News le 11 décembre. Pour Françoise Mengin, une exécution de cette menace reste inenvisageable : "Donald Trump devrait se garder de reconnaître l'État de Taïwan car cela conduirait immédiatement Pékin à rompre ses relations diplomatiques avec Washington", estime la chercheuse. "Ce qu'il peut faire en revanche, c'est relever le niveau des contacts entre Taipei et Washington, via des visites ministérielles par exemple. Une pratique suivie par d’autres États – européens notamment – qui n’ont pas, non plus, de relations diplomatiques avec Taïwan." Une politique qui rejoindrait les efforts de ces derniers mois de l'administration Obama. Le président sortant a récemment promulgué une loi permettant des contacts militaires de haut niveau entre l'île et les États-Unis.

Une présidente taïwanaise soucieuse d'accroître la visibilité de son pays

Pour une rencontre, il faut être deux. Avec cette entrevue, Tsai Ing-wen a-t-elle cherché à provoquer la Chine continentale ? Pas vraiment. Ces visites lors d'escales ne sont pas une nouveauté. D'ailleurs, durant l'année écoulée, la présidente a multiplié les rencontres avec les candidats républicains à la primaire. Elle avait ainsi pu discuter avec Marc Rubio à Miami en juin dernier.

"Il faut rappeler qu'on était dans un contexte électoral, c'était de bonne guerre de se rapprocher du parti républicain en cas de victoire de Donald Trump. D'autant que la convention républicaine de juillet dernier avait réaffirmé l'engagement américain à défendre Taïwan en cas d'agression militaire de la part de la Chine", explique Françoise Mengin.

Si, comme le rappelle Le Monde, le parti de la présidente, le parti démocrate progressiste (PDP) est qualifié "d'indépendantiste" par Pékin, c'est simplement parce qu'il veut rompre avec la logique de la Chine unique : "La politique étrangère officielle de Taïwan, depuis la démocratisation, ce n'est plus de remplacer la Chine dans les instances internationales mais plutôt d'aller vers une coexistence sur le modèle des deux Allemagne avant 1989 ou des deux Corée aujourd'hui", détaille la spécialiste. "Aujourd'hui, sans croire qu’une telle hypothèse soit envisageable, la présidente veut saisir toutes les chances d'accroître la visibilité internationale de Taïwan."

Néanmoins, on ne peut pas accuser Tsai Ing-wen d’être provocatrice. "Entre son investiture le 20 mai dernier et son coup de fil à Donald Trump, elle a multiplié les signes de conciliation avec Pékin, qu'elle a fait très attention de ne pas provoquer", rappelle la chercheuse du Ceri. "Puis elle a eu cette opportunité de téléphoner à Donald Trump et elle l'a saisie. Dans son pays, il y a eu des critiques de la part du Kuomintang, qui demande plus de prudence vis-à-vis de la Chine continentale", raconte Françoise Mengin. "Était-ce une bonne initiative ? Il faudra attendre pour le savoir mais, au moins, son électorat et les médias insulaires considèrent que l’on parle de Taïwan à l’étranger, plus seulement pour ses typhons ou ses tremblements de terre."

Le feuilleton risque de se poursuivre dans les prochains jours jours. À l'issue de sa tournée au Guatemala, au Salvador, au Hondures et au Nicaragua, la présidente taïwanaise fera de nouveau escale aux États-Unis le 13 janvier, à San Francisco cette fois.

Source: france24.com

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