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Sénégal: des élections législatives sous tension

Le maire de Dakar Khalifa Sall en prison, retour au pays de l’ex-président Abdoulaye Wade, violences durant la campagne, sérieux problèmes d’organisation, notamment de fabrication des cartes d’identité qui permettent de voter, scrutin sans doute le plus cher de l’histoire du Sénégal... Les législatives de ce dimanche 30 juillet ont cristallisé les tensions au sein de la classe politique mais surtout mis de côté les problématiques des populations.

Des affiches électorales placardées sur le portail d'une école de Dakar le 28 mai 2017. Des affiches électorales placardées sur le portail d'une école de Dakar le 28 mai 2017. © SEYLLOU / AFP

Il y a tout juste un an, le Sénégal fonçait vers l’avant, la modernité et voulait montrer, une fois de plus, l’exemple comme un bon premier de la classe. Confirmer aussi le statut qu’aiment lui donner les bailleurs et respecter le fameux « exemple pour la démocratie en Afrique ».

En un temps record donc, Macky Sall a décidé de mettre aux oubliettes le fichier électoral, de passer un coup de balai sur le code électoral, de respecter aussi les principes de la Cédéao en permettant aux Sénégalais de disposer d’une nouvelle carte d’identité dite biométrique, nouveau sésame pour voter, réputée 100% fiable et infalsifiable. Sur le papier, ce projet, validé par les bailleurs, la communauté internationale, mais aussi l’Assemblée nationale, certes ambitieux, tenait la route mais le temps en a décidé autrement.

Les cartes d’identité au cœur du scrutin

Pour ce scrutin majeur dans l’histoire politique du pays, près de 700 000 électeurs, sur les 6,2 millions que compte le nouveau fichier, n’auront pas leurs nouvelles cartes d’identité qui feront office de cartes d’électeur ce dimanche 30 juillet. Tout simplement parce qu’elles ne seront pas fabriquées. Une autre partie, impossible de savoir combien, ne sera pas distribuée, faute de temps, mais aussi par manque d’organisation. Ce problème de distribution est inacceptable pour l’opposition qui en a fait son principal argument de campagne pour dénoncer la majorité présidentielle.

Un vieux et un prisonnier

Une opposition menée par deux acteurs importants de l’histoire politique locale. Le premier, tout le monde le pensait définitivement à la retraite dans sa résidence de Versailles, à quelques kilomètres à l'ouest de Paris. A 91 ans, Abdoulaye Wade, que ses affidés surnomment affectueusement « Gorgui » (« le vieux », en wolof), a décidé de mener ce qui pourrait être sa dernière bataille politique. Un ex-président, candidat à la députation, l’idée a choqué plus d’un électeur qui aurait préféré voir son fils Karim, en exil au Qatar, mener cette bataille.

Le second est silencieux depuis le 7 mars. Khalifa Sall, puissant maire socialiste de Dakar, opposé depuis des années à Macky Sall, est soupçonné de détournement de deniers publics à hauteur de 2,7 millions d’euros. Un chef d’inculpation qui entraîne immédiatement un placement en détention, indique le Code pénal. Après avoir crié à l’emprisonnement politique, à la mainmise du président sur la justice, Khalifa Sall a dû s’y résoudre, c’est depuis sa cellule de la prison de Rebeuss, dans le centre de la capitale, qu’il a mené et organisé sa candidature au poste de député.

Macky Sall et son bilan

Cette campagne, Macky Sall la voulait sur le terrain des idées et des programmes. Il a choisi son Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne pour la mener et diriger la coalition présidentielle. Car en 5 ans, le président estime qu’il a développé le pays comme personne, que grâce à son action, les Sénégalais ont oublié, par exemple, les coupures d’eau et d’électricité qui ont justement entraîné la chute de Wade père.

Mais les problèmes liés aux cartes d’identité ont fait basculer la campagne des législatives. L’opposition a sauté sur l’occasion pour pointer du doigt l’incompétence des autorités. « Si vous n’êtes pas capable de gérer une élection comment pouvez-vous gérer un pays », déclare par exemple un proche conseiller de Khalifa Sall. L’opposition affirme désormais, sans avancer la moindre preuve, que le pouvoir cherche à manipuler le scrutin, à frauder. « L’opposition n’a rien à mettre sur la table, avec notre bilan, avec 62% de vote positif l’an dernier lors du référendum de modification de la Constitution, nous avons une confortable avance. Nous sommes certains de gagner », indique un proche du chef de l’Etat.

La course à la présidentielle 2019

Vu la pagaille durant la campagne, le manque de cartes, le premier enjeu pour les autorités sera d’assurer le bon déroulement du vote pour permettre tout simplement au plus grand nombre de glisser leur bulletin dans l’urne. Jamais le Sénégal n’a compté autant d’électeurs - 6,2 millions - et la participation sera donc un premier élément concret du succès ou non de ces législatives.

Concernant les résultats, l’objectif de l’opposition, menée par les coalitions d’Abdoulaye Wade et de Khalifa Sall, est clair : prendre le contrôle de l’Assemblée. Une situation impensable pour la majorité qui compte bien confirmer sa mainmise sur l’Hémicycle pour poursuivre les actions de Macky Sall. Un président qui a su se positionner au-dessus de la mêlée politique durant la campagne et qui en tirera sûrement les conséquences autant sur le score réalisé par ses troupes que sur les problèmes d’organisation du scrutin. Tous les acteurs s’accordent enfin pour dire que les résultats de ces législatives seront le point de départ de la course à la présidentielle 2019.

Avec RFI


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