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''L'industrialisation de l'Afrique doit être une agro-industrialisation" - Akinwumi Adesina

Alors que la Banque africaine de développement (BAD) vient de publier ses perspectives économiques pour 2019, le président de la BAD, Akinwumi Adesina, revient sur l'industrialisation du continent et l'emploi des jeunes.

11 Fév 2019    

 La croissance économique se renforce en Afrique mais elle est insuffisante pour réduire le chômage et la pauvreté. C'est ce qu'estime la Banque africaine de développement (BAD) dans ses perspectives économiques 2019, rendues publique ce 5 février à Abidjan. Au lendemain de cette publication le président de la BAD, Akinwumi Adesina, revenait ce mercredi matin sur les ondes de la DW sur l'impératif de créer chaque année sept à huit millions d’emplois pour les jeunes, afin que ceux-ci n'aillent pas mourir dans le désert ou en Méditerranée. Ce résultat ne pourra être atteint, selon lui, que par une industrialisation du continent. 

Deutsche Welle : La croissance économique se renforce en Afrique mais reste insuffisante pour réduire le chômage et la pauvreté. Combien d'emplois l'Afrique doit-elle créer chaque année pour vous résoudre ces deux principaux problèmes ?

Akinwumi Adesina : Nous avons un problème puisque, chaque année, dix  millions de jeunes arrivent sur les marchés d'emploi. Mais seulement 3 millions trouvent un emploi. Ça veut dire qu'il il y a un déficit d'au moins sept à huit millions d'emplois qu'il faut créer. Donc on n'a pas le choix. Moi je ne pense pas, je n'accepte pas, que l'avenir de l'Afrique, des jeunes Africains se trouvent en Europe. Et je n'accepte non plus que leur avenir se trouve au fond de la mer ou bien même dans la chaleur du Sahara. L'avenir doit se trouver dans une Afrique avec un taux de croissance très élevé.

Il manque 7 à 8 millions d'emploi par an pour les jeunes sur le continent

Il manque 7 à 8 millions d'emploi par an pour les jeunes sur le continent

Il faut que le PIB soit moteur de création d'emplois, qui profitent aux jeunes. Il faut transformer l'avantage démographique de l'Afrique en un avantage économique. Il faut soutenir les jeunes Africains pour un accès à l'emploi. Pas n'importe quel emploi, mais un emploi de qualité qui contribue à l'accélération de nos économies. C'est la raison pour laquelle la Banque africaine de développement a commencé à faire beaucoup de financements pour tous nos pays, pour aider à créer 25 millions d'emplois sur une période de dix ans. Et nous avons mis l'accent sur trois volets principaux : il y a l'agriculture. Il faut qu'on transforme ça pour la richesse de l'Afrique, pas simplement pour la production mais aussi pour la transformation de la valeur ajoutée de tous nos produits agricoles. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'investir 24 milliards de dollars dans l'agriculture, parce que moi je sais que l'agriculture est l'avenir pour l'Afrique. Le deuxième point concerne les petites et moyennes entreprises. Et puis, troisièmement, nous faisons des investissements aussi pour soutenir l'information, la communication et les technologies. 

Le président de la BAD veut soutenir les projets de transformation, plus créateurs de valeure ajoutée

DW : Vous avez parlé de l'industrialisation et de la création d'un grand marché continental. De l'industrialisation pour créer des emplois, pour lutter contre l'économie informelle. Pensez-vous que ces deux facteurs pourront suffire pour permettre à l'Afrique de se mettre à l'abri des tensions commerciales internationales qu'engendre la chute des prix des matières premières sur le continent ? 

Akinwumi Adesina : S'il y a quelque chose qui est anormal, il ne faut pas continuer à faire les choses qui sont anormales. On ne peut pas normaliser ces choses qui ne sont pas normales. Ce n'est pas normal pour l'Afrique de continuer à faire de l'exportation de matières primaires. Ce n'est pas normal de faire des exportations de fèves de cacao. Ce n'est pas normal de faire de l'exportation de fibre de coton. Ce n'est pas normal de faire de l'exportation de café. 

Les secrets des richesses des pays sont clairs : les pays qui sont riches dans le monde ce sont les pays qui font de l'industrialisation et de la valeure ajoutée de tout ce qu'ils produisent. Les pays qui sont pauvres dans le monde : ce sont les pays qui font de l'exportation de matières premières. Raison pour laquelle la Banque Africaine de Développement a mis beaucoup l'accent sur l'industrialisation pour l'Afrique. 

L'année passée on a mobilisé 600 millions de dollars au Ghana, pour faire la transformation de cacao. On avait donné sept millions de dollars aussi pour le conseil café cacao de la Côte d'Ivoire, pour  commencer le changement de gouvernance dans ce secteur. Il n'y a a aucun cas où un pays sort de la pauvreté sans avoir une industrialisation. À la BAD nous pensons que l'industrialisation que l'Afrique  doit être une agro-industrialisation. C'est cette industrialisation de l'agriculture qui peut donner l'opportunité de faire sortir des millions de nos compatriotes, qui sont là dans le milieu rural. Et moi, président de la Banque africaine de développement, je n'accepte pas que la pauvreté soit l'avantage comparatif de l'Afrique. 

DW : Pour terminer, quel est votre avis sur le Franc CFA. Un débat qui est relancé depuis un certain moment avec l'Italie, mais qui a été soutenu aussi par le ministre des Finances du Niger.

Akinwumi Adesina : Vous savez qu'en ce qui concerne les discussions sur les monnaies, ce n'est pas la décision même de la Banque africaine de développement. Ce sont les pays qui s'engagent dans cette discussion eux-mêmes. Notre rôle est clair : c'est de donner toutes les ressources nécessaires de faire les analyses de toutes les perspectives et à la fin ce sont les pays qui prendront leur décision. 

Avec DW

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