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Corruption, le lourd legs de l’ANC à Cyril Ramaphosa

S’il a été élu sur la promesse d’en finir avec la corruption des années Zuma, Cyril Ramaphosa peine pour le moment à triompher de cette hydre. Les révélations explosives de l’affaire Bosasa minent l’action d’un président qui, à quelques semaines des législatives, doit assister avec le pays à la sortie de cadavres, des placards de son parti.

09 Fév 2019    

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a délivré ce jeudi son dernier discours à l’Assemblée nationale, avant les élections de mai prochain. Un an après son premier exercice du genre, qui avait été considéré de façon unanime comme un succès, le magnat est aujourd’hui confronté à un contexte différent. En effet, si ce premier exercice, effectué l’an passé, lui avait même valu des applaudissements de l’opposition, cet hommage ne s’est pas répété cette fois-ci, et pour cause. Dans son premier discours au parlement, deux jours après la démission de Jacob Zuma, il avait promis « une aube nouvelle », un renouveau économique et une lutte sans merci contre la corruption endémique qui mine le pays. Un an plus tard, la reprise est molle et le chômage reste à un niveau élevé (plus de 27% de la population active), et surtout l’African National Congress (ANC) est engluée dans l’un des plus grands scandales de corruption d’un pays qui en a pourtant vu d’autres.

Tout avait pourtant bien commencé pour Ramaphosa qui, fidèle à ses engagements, avait mis sur pied la commission Zondo. Celle-ci a été chargée d’enquêter sur les faits de corruption durant les années Zuma.

Tout avait pourtant bien commencé pour Ramaphosa qui, fidèle à ses engagements, a mis sur pied la commission Zondo. Celle-ci a été chargée d’enquêter sur les faits de corruption durant les années Zuma.

Et si on s’attendait à des révélations, rien de comparable cependant au séisme lié au dévoilement au grand jour de la façon dont des pots-de-vin ont été versés à plusieurs membres du gouvernement et aux officiels de l’ANC. Pour le parti de Mandela, le catalyseur du scandale porte un nom: Bosasa.

 Angelo Agrizzi

Depuis ses révélations, Angelo Agrizzi vit sous haute protection policière.

Compagnie spécialisée dans le domaine de la sécurité, Bosasa a récemment fait l’actualité pour les révélations de son numéro deux, Angelo Agrizzi. Celui qui a vécu une expérience de mort imminente, suite à laquelle il serait revenu plein de repentir et fermement décidé à payer sa dette envers la société. Celui qui vit désormais sous haute protection policière a révélé que son entreprise avait versé chaque mois 300 000 rands à la fondation Zuma pour se protéger de poursuites judiciaires. En effet, une enquête sur les méthodes illicites d’obtention de marchés publics était en cours. Mais ses accusations ne s’arrêtent pas à l’ancien président et, très vite, plusieurs officiels et membres du gouvernement actuel ont été mentionnés. Ainsi les ministres des Mines, Gwede Mantashe, et de l’Environnement, Nomvula Mokonyane, ont été cités dans cette affaire. Pour cette dernière, Agrizzi affirme par exemple lui avoir fait remettre 50 000 rands par mois pendant quatorze ans.

Ainsi les ministres des Mines, Gwede Mantashe, et de l’Environnement, Nomvula Mokonyane, ont été cités dans cette affaire. Pour le second, Agrizzi affirme par exemple lui avoir fait remettre 50 000 rands par mois pendant quatorze ans.

Dans une Afrique du Sud pourtant habituée aux scandales, l’effet est rude et la crédibilité du gouvernement de Ramaphosa en prend un coup. D’autant plus que le président reconnaîtra, après une dénégation initiale, avoir reçu 31 000 euros de dons de la part de la compagnie dans le cadre de sa campagne. Mais il affirme que la donation a été faite à son insu et il s’est engagé à la rembourser.

 Nomvula Mokonyane

La ministre de l’Environnement, Nomvula Mokonyane, est mise en cause.

Pour Ramaphosa, l’enjeu aujourd’hui est de prendre des sanctions contre les autorités impliquées dans l’affaire tout en se battant pour maintenir l’unité de son parti. En effet, l’ANC est plus que jamais divisée. L’élection même de Ramaphosa à la tête du parti n’avait été que l’aboutissement d’une guerre des tranchées qui l’avait opposé à Nkosazana Dlamini-Zuma, candidate ouvertement soutenue par Jacob Zuma, son ex-mari. Toujours puissant, il est peu probable que le camp Zuma goûte une offensive contre son leader et ses affidés. Quant au camp Ramaphosa, difficile d’imaginer un scénario où ils approuvent des sanctions contre leurs collègues ministres. Néanmoins, du côté du président sud-africain, on se veut ferme. « Ces vérités qui sortent nous affranchiront, et nous rendront plus forts. Mais nous devons nous assurer que les malversations, qui ont été révélées lors des séances de cette commission, ne se reproduisent plus jamais dans notre pays », a-t-il déclaré. Mais voilà, depuis le début du travail de la commission, il aura fallu attendre le 7 février et la pression des partenaires étrangers de la nation arc-en-ciel pour assister aux premières arrestations. Et encore, celles-ci concernent essentiellement les responsables de Bosasa dont… Angelo Agrizzi.

Les déboires du parti au pouvoir font les choux gras de l’opposition qui a fait de la corruption au sein de l’ANC son cheval de bataille. « La corruption est dans l’ADN même de l’ANC. Nous pressons le président d’agir, et de le faire au plus vite », a déclaré Mmusi Maimane, leader du parti d’opposition Alliance Démocratique.

« La corruption est dans l’ADN même de l’ANC. Nous pressons le président d’agir, et de le faire au plus vite », a déclaré Mmusi Maimane, leader du parti d’opposition Alliance Démocratique.

 Mmusi Maimane

Le contexte est favorable à Mmusi Maimane, leader du parti Alliance Démocratique.

Jamais avare d’une outrance, l’ancien enfant terrible de l’ANC, Julius Malema, depuis passé sous la bannière des Economic freedom fighters (EFF), mouvement qu’il a créé, a mis au défi le président de la République d’expliquer ses liens avec la firme Bosasa. « Si Cyril pense qu’il fera au parlement ce que faisait Zuma, il sera traité de la même manière », a-t-il affirmé, faisant référence aux huées de l’opposition, à l’occasion des discours au parlement de Jacob Zuma.

« Ramaphosa est dans une position précaire. Il essaie de mener une opération de nettoyage de son exécutif alors que son parti est divisé », estime la chercheuse de l’Institute of Security Studies, Judith February.

S’il cherche du soutien, le président sud-africain ne le trouvera pas auprès des partenaires économiques de son pays.

S’il cherche du soutien, le président sud-africain ne le trouvera pas auprès des partenaires économiques de son pays.

En effet, cinq d’entre eux (USA, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suisse et Allemagne) ont, dans une lettre commune, averti le premier des Sud-Africains des risques que ferait planer l’impunité des mis en cause sur le climat économique du pays. Du côté de Pretoria, on prend mal cette intervention dont on considère qu’elle constitue une violation du protocole qui a cours dans les relations diplomatiques. Mais si le gouvernement exprime son mécontentement, on voit mal comment la nation arc-en-ciel pourrait résister à la pression de ces nations. En effet, à eux cinq, ces pays constituent la provenance de plus de 50% des investissements directs étrangers qui arrivent dans le pays.

Ramaphosa Mandela

« Ces vérités qui sortent nous affranchiront, et nous rendront plus forts. »

Signe d’une relative éclaircie dans un horizon sombre, les sondages estiment, en dépit de ces affaires, que le parti de Nelson Mandela devrait tout de même sortir vainqueur des prochaines législatives. La question reste de savoir désormais quel sera l’écart. Sachant qu’en 2016, lors des élections locales, le parti a déjà perdu de nombreux suffrages et des villes-clés comme Pretoria et Johannesburg.

Aaron Akinocho, agenceecofin

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